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#1 2026-09-20 13:09:54

ApionK
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La compagnie du Pion

Après des semaines de voyage depuis Osterlicht, la petite troupe franchit enfin les frontières d'Okord par l'Est.
À sa tête marchait Pion 1er, fraîchement débarqué, les bottes couvertes de boue et l'ambition déjà bien plus grande que son sac de provisions.
Derrière lui, ses compagnons avançaient dans un désordre qui ne devait rien à une quelconque stratégie militaire.

Frère Godefroy de la Semelle récitait des prières à Podeszwa chaque fois qu'il trouvait une empreinte dans la boue.
Ysabeau « Trois Flèches » surveillait les alentours, tout en reprochant aux autres de faire trop de bruit.
Brak le Philosophe portait sa hache et réfléchissait profondément à la question de savoir si une porte était vraiment nécessaire dans une muraille.
Bérin Poil-de-Cuivre comptait leurs dernières pièces.
Maître Gontran Pochepleine proposait déjà de vendre une partie du matériel.
Filou le Sans-Bourse prétendait n'avoir rien volé depuis trois jours, ce qui constituait selon lui un record remarquable.
Jehan de la Fourche suivait en soupirant, ce paysan se demandait toujours à quel moment exactement il avait accepté de voyager avec ces gens là. Au départ il avait seulement demandé son chemin pour rentrer chez lui.
Quant à Géraldin, le troubadour, il marchait en tête dès qu'il fallait raconter une histoire, et en queue dès qu'il fallait porter les bagages.

Puis, au détour d'un chemin, la cité de ZadCenter apparut, le domaine du maître Zadams.
Pion s'arrêta, posa les mains sur les hanches et contempla les murs.
- Voilà donc Okord ! Une cité qui semble avoir connu des jours meilleurs !
Le premier souffle de vent apporta une odeur indéfinissable. Un mélange de poisson oublié, de paille humide, de fumée et de quelque chose que même Frère Godefroy refusa d'interpréter comme un signe divin.
Les murs semblaient anciens. Les pierres avaient connu des hivers, des guerres, et probablement plusieurs générations de pigeons.
- Ça pue, déclara Ysabeau.
- C'est l'odeur de l'histoire, répondit Géraldin.
- C'est l'odeur d'une poule morte dans un fossé, corrigea Jehan.
Après une rapide inspection des lieux, Pion estima que la cité pouvait constituer une excellente base pour découvrir Okord.

Et puis, surtout, ils découvrirent une taverne. Une véritable taverne.
De la lumière aux fenêtres, des tables solides, une cheminée, et une odeur de viande grillée qui ne semblait pas provenir d'un cadavre abandonné.
La troupe entra sans la moindre hésitation !

C'est ainsi que Pion 1er, baron pionnier d'Osterlicht, futur roi d'Okord - du moins selon ses propres déclarations - et ses sept compagnons, enfin huit plutôt, prirent place dans la meilleure taverne de ZadCenter. Ils commandèrent à boire. Puis à manger.
Puis à boire encore.
Et, lorsque le tavernier posa ces nouvelles chopes sur la table, Géraldin se leva lentement, rajusta son pourpoint et sortit sa luth.
- Mes amis, déclara-t-il, voici l'histoire de notre illustre compagnie !

-------

Voici la compagnie du PION,
Pour vous servir mes bons compagnons !
Venus tout droit d'Osterlicht
On cherche la gloire et un bon lit !

Nous avons franchi les portes d'Okord,
Après des jours de marche nos pieds sont bien morts.
ZadCenter nous accueille, quelle belle cité !
Ça sent le vieux poisson et la paille mouillée !

Mais la taverne est chaude, les tables sont solides,
Alors nous nous installons, malgré les murs humides.
Huit aventuriers et un paysan sans destin,
Et moi Géraldin je vous chante qui sont ces vauriens !

Voici venir la compagnie du PION,
Des aventuriers sans beaucoup de raison !
Nous bâtirons des murs, nous trouverons de l'or,
Et si Podeszwa veut, nous serons plus forts !

Pion Premier, notre chef, chevelu et courageux,
Brutal avec les camps, ambitieux et valeureux.
On l'appelait le PION depuis sa tendre enfance :
Son passé sera connu quand il aura de l'importance !

Il veut devenir roi, bâtir une cité,
Et trouver son histoire sur les terres d'Okord.
Alors il pille les camps, ramasse tout ce qu'il peut,
Car un grand royaume, ça se bâtit dans le feu !

Frère Godefroy, prêtre de la Semelle,
Voit dans chaque empreinte un message du ciel.
Il bénit nos épées, nos bottes et nos repas,
Et prie pour que la bière ne manque jamais ici-bas !

Ysabeau Trois Flèches, archère au regard noir,
Rate jamais sa cible, c'est ce qu'elle veut nous faire croire.
Elle tire sur les bandits, les voleurs et les corbeaux,
Mais pas sur les clients car il y en a des beaux !

Voici venir la compagnie du Pion,
Des aventuriers sans beaucoup de raison !
Nous bâtirons des murs, nous trouverons de l'or,
Et si Podeszwa veut, nous serons plus forts !

Brak le Philosophe, la hache à la main,
Réfléchit très fort entre deux coups de poing.
"Si mur est solide, pourquoi porte ?"
Puis il casse la table pour que la réponse on lui apporte !

Bérin Poil-de-Cuivre, le nain aux comptes précis,
Compte chaque flèche, chaque pièce et chaque souci.
Il veut une cité riche, des murailles et de l'or,
Mais il râle parce qu'il faut payer ce que Brak casse encore !

Gontran Pochepleine, marchand de son état,
Vend des cordes, des piquets et même ce qu'il n'a pas.
Pour bâtir votre ville, il a l'affaire du siècle !
Il présente une facture qui vous coûte votre squelette.

Filou le Sans-Bourse, voleur de profession,
Dit qu'il ne vole pas, il fait de la distribution.
Il fouille toutes les poches, les coffres et les sacs,
Et quand on le surprend, c'est du commerce, camarade !

Jehan de la Fourche voulait vivre en paix,
Avec ses poules, son champ et son petit potager.
Mais il suit un barbare, un voleur et un roi,
Et chaque soir il cherche le chemin pour rentrer chez soi !

Voici venir la compagnie du Pion,
Des aventuriers sans beaucoup de raison !
Nous bâtirons des murs, nous trouverons de l'or,
Et si Podeszwa veut, nous serons plus forts !

Et moi, Géraldin, troubadour de grand renom,
Je chante leurs exploits, leurs batailles et leurs noms.
Je rêvais de palais, de princesses et de gloire,
Mais je chante un nain qui compte et un barbare sans mémoire !

Je voulais devenir célèbre et gagner des trésors,
Je me retrouve à chanter pour payer leurs repas encore.
Mais si vous aimez mon chant, offrez-moi donc à boire,
Car sans ces quelques pièces, je ne chante pas ce soir !

Voici venir la compagnie du Pion,
Des aventuriers sans beaucoup de raison !
Nous bâtirons des murs, nous trouverons de l'or,
Et si Podeszwa veut, nous serons plus forts !

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Géraldin acheva son dernier refrain sous les applaudissements d'une partie de la taverne.
Brak frappa si fort sur la table qu'une chope manqua de se renverser.
Frère Godefroy leva les mains vers le plafond en remerciant Podeszwa pour cette magnifique œuvre musicale.
Ysabeau, elle, se contenta de hocher la tête, ce qui, de sa part, équivalait presque à une ovation.
Jehan essuya une larme.
- C'était beau, murmura-t-il. Enfin... surtout la partie sur les poules.
Bérin Poil-de-Cuivre, lui, avait déjà repris son boulier.
- Très bien. Maintenant, qui paie ?
Un silence s'abattit sur la table.
Pion regarda ses compagnons. Ses compagnons regardèrent Pion.
Maître Gontran Pochepleine se pencha en avant.
- Je pourrais proposer au tavernier un échange commercial. Une prestation artistique contre une réduction sur l'addition...
- C'est déjà ce qu'on vient de faire, grogna Bérin.
Filou se leva discrètement, fit deux pas vers la sortie, puis revint s'asseoir lorsqu'Ysabeau posa une flèche sur la table.
- Je n'ai rien volé, déclara-t-il.
- Personne ne t'a accusé, répondit-elle.
- J'anticipe...

Le tavernier arriva enfin, un torchon sur l'épaule et un sourire qui ne présageait rien de bon.
- Alors, messieurs-dames, c'était bien joli tout ça. Mais il faudrait songer à régler les repas, les boissons et les trois chopes cassées.
Brak regarda son assiette.
- Je peux payer avec une hache.
- Je préfère l'or, répondit le tavernier.
Pion se redressa, prit son air le plus royal et déclara :
- Je suis Pion 1er, futur roi d'Okord. Vous serez fier d'avoir nourri mon futur royaume !
Le tavernier croisa les bras.
- Fort bien. Et votre futur royaume, il paie quand ?
Géraldin, qui avait déjà rangé sa luth, se pencha vers Pion.
- Je pourrais peut-être chanter une seconde chanson ?
Bérin se leva d'un bond.
- NON ! Une seule chanson suffit ! Il faut trouver de l'or, pas davantage de musique !
À cet instant, Gontran posa un doigt sur ses lèvres.
- J'ai peut-être une idée...
Filou sourit. Jehan soupira.

La compagnie du Pion venait à peine d'arriver en Okord.
Elle n'avait pas encore de cité, pas encore de royaume, et déjà une dette.
Mais Pion 1er avait un plan.
Enfin... il allait en avoir un, dès qu'ils auraient payé le tavernier.

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#2 2026-09-20 15:31:40

ApionK
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Messages : 6

Re : La compagnie du Pion

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