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Le casque fut le premier à céder, valdinguant au sol dans un fracas de ferraille. La cuirasse, déjà cabossée par l’usage, se déforma sous les coups de masse à répétition, avant de complètement s’enfoncer dans le torse de son propriétaire, dans une orgie de paille et d’échardes.
- Oi ! Je peux savoir ce que ce mannequin vous a fait ?!
Le dernier coup de Galien déchiqueta les lanières de cuir qui maintenait la cuirasse martyrisée, qui tomba au sol à son tour, rapidement suivit par le mannequin lui-même, dont la poutre en bois avait été fendue sous les assauts répétés de l’illyrien.
Furieux, l’homme qui l’avait interpellé s’avança pour se poser face à lui, les poings sur les hanches. Que Galien fasse une tête et demi de plus que lui, soit plus large, équipée de son armure intégrale et de sa lourde masse d’armes ne l’empêcha de le fixer d’un regard furibond.
Il n’y avait que le commandant Pardal pour le confronter d’une manière aussi confiante, refusant l’idée-même de toute contestation. Cinq bonnes minutes qu’il s’acharnait sur sa cible, ne recueillant que regards gênés et légèrement inquiets des passants et spectateurs. Mais le commandant Pardal n’allait pas laisser ça.
Après tout, il était instructeur de la Confrérie Élyséenne, et le terrain d’entraînement était son domaine.
- Vous êtes fier de vous ? lança Pardal, sur un ton sans appel.
- Non commandant, soupira Galien. La rage a pris le dessus.
- Elle vous tuera face à un vrai adversaire.
- Je m’en suis bien tiré jusque-là.
- Je vous crois. Pardal l’observa fixement quelques secondes. À vrai dire, je suis surpris qu’un guerrier de votre âge ait toujours aussi peu de contrôle sur lui-même, et soit toujours capable de s’en vanter.
Galien encaissa la remarque en silence. Que répondre à ça ?
- Vous finirez par tomber sur un ennemi aussi talentueux que vous, avec davantage de sang-froid. Je ne donne pas cher de votre peau ce jour-là.
- Je lui donnerai du fil à retordre.
- Une fin glorieuse… Votre femme et vos enfants seront ravis de l’apprendre, je n’en doute pas. Pardal fit un petit bruit de désapprobation, puis pointa impérieusement la carcasse éventrée du mannequin. Nettoyez-moi votre bordel et quittez mon terrain d’entraînement.
L’illyrien s’exécuta docilement, déposa les déchets en une pile non loin du terrain, puis rejoignit la grande tente accueillant les bains de la Confrérie, presque vide à cette heure de la journée. Un esclave s’empressa de faire bouillir une grande marmite d’eau, tandis que deux autres l’aidaient à enlever son attirail guerrier.
Ma femme et mes enfants… Que pourraient-ils bien penser en apprenant sa mort, de toute façon ? Ils ne l’avaient plus vu depuis six ans. Depuis qu’il s’était enfui, dégoûté de lui-même, de ses actes, des jeux politiques de son frère Bardane, de ce gâchis permanent dans le Ponant, où les illyriens s’entretuaient pour rien, loin de chez eux. Il s’était enfui, honteux et incapable de soutenir le regard de ses proches après la boucherie de Siémont. Il avait fui travers la ville comme un enfant pris dans ses cauchemars. On l’avait applaudi pour sa férocité, alors qu’il passait presque en courant dans les rues en flammes, l’estomac crampé par la nausée.
Une fois débarrassé de ses vêtements, Galien se glissa dans l’eau bouillante, chassant d’un geste l’esclave armé de son éponge. La saissant lui-même, il commença à se frotter machinalement la peau, ruminant ses pensées.
Malgré toutes ses qualités, la pratique de l’esclavage dans la Confrérie Élyséenne faisait partie de ses caractéristiques qu’appréciait le moins Galien. L’influence ressynienne et des Fournaises avait fini par avoir raison des scrupules okordiens sur le sujet, au sein de la compagnie mercenaire.
Une fois propre, Galien retourna dans sa tente personnelle. Une hiérarchie implicite semblait régner dans le camp. En tant que noble d’une famille raisonnablement importante, il pouvait prétendre à un espace de vie plutôt spacieux, et partagé avec seulement deux autres illyriens du même rang. Bien loin des tentes étroites qui abritaient une demi-douzaine de soldats serrés en rang d’oignons un peu plus loin.
Ses deux colocataires étant absents, il put sans hâte se changer en des vêtements plus prestigieux : une tunique en lin finement brodée, et un pantalon ample du style fournaisien, avec une épaisse cape bordeaux pour repousser la fraîcheur qu’apporterait le soir. L’ensemble aurait été parfaitement saugrenue en Okord, et seule la qualité du textile et de ses broderies aurait empêché Galien d’être confondu avec un pêcheur égaré, mais la tenue se prêtait parfaitement au climat étouffant que l’on pouvait trouver dans les îles des Fournaises. Prêt, il se dirigea vers la tente monumentale au centre du camp, dont les vastes draps bleu clair dépassaient d’un bon mètre et demi celles environnantes.
Les esclaves étaient partout dans le camp. La majorité dirigeait et entretenait les bêtes transportant tout le nécessaire rendant la vie de camp supportable, quand ils ne s’occupaient pas de les charger ou décharger. D’autres offraient des services, notamment la nourriture quotidienne des soldats, ou l’hygiène individuel, comme l’entretien des sanitaires, ou des bains que Galien venait d’utiliser. Une petite minorité occupait des postes d’intendance à divers échelons de la compagnie mercenaire, fournissant un appui technique et administratif indispensable à une structure aussi complexe et professionnelle que la Confrérie.
À l’image des soldats élyséens, ils venaient de tous horizons : ressyniens et fournaisiens et valésians en grand nombre, capturés lors des incessants conflits dans la région, puis vendus sur les marchés aux esclaves. D’autres étaient originaires de l’énigmatique désert de Salahin, voire du lointain empire d’Olva, bien au-delà au sud de la Mer des Fournaises.
Comme Galien l’avait découvert avec stupéfaction à son arrivée, la Confrérie Élyséenne participait pleinement au système esclavagiste de la région, n’hésitant pas à capturer la population de l’ennemi que lui désignait son contrat du moment, pour ensuite les revendre et empocher les gains. Elle achetait ou gardait ceux dont les compétences lui seraient utiles, et de nombreux soldats et officiers aisés n’hésitaient pas à s’offrir, selon leurs moyens, un ou plusieurs esclaves personnels en tant que serviteurs ou compagnons intimes.
Si l’on y ajoutait les inévitables cohortes de commerçants, charlatans, artisans indépendants et familles des soldats, le camp finissait par ressembler à une gigantesque ville mobile. La Confrérie comptait peut-être cinq mille hommes formés aux armes. Si l’on y ajoutait esclaves et civils, le tout passait aisément les quinze milles.
Se frayant un chemin dans l’artère principale bondée, Galien arriva enfin au pied de la tente de commandement, dont la large entrée, rideau baissé pour garantir l’intimité de ses occupants était gardée par quatre hommes. Équipés à la phalangiste valésian, ceux-ci étaient pourtant bien distincts de leurs cousins. Si leur lance était plus courte, c’était surtout par leur armure, bien plus bariolée et exubérante que leurs homologues qui les distinguaient. Loin de la sobriété républicaine des légions, les vétérans élyséens portaient leurs richesses sur eux : on ne comptait plus les bijoux, bracelets en or et gravures stylisées sur leurs pièces d’armure, avec plus ou moins de bon goût selon son propriétaire.
Reconnaissant Galien, le sergent de faction hocha la tête avant de soulever le riche rabat de la tente, laissant échapper des bribes de conversation.
- …ien …rer à term… Un instant de silence après la voix sonore du sergent annonçant Galien. Qu’il en…
Ressortant, le sergent invita l’illyrien à entrer d’un geste de la tête, maintenant le rabat levé.
À l’intérieur de la confortable et spacieuse tente aménagée l’attendait un grand homme blond, habillé de manière martiale. Même pas la trentaine, il arborait un visage balafré, des traits fins mais marqués par la vie en extérieur, et un regard terriblement sérieux. Le Capitaine-Général Bartolomeo Canciago possédait cette autorité acquise dès l’enfance, qu’il maniait d’une manière si naturelle que Galien ne pouvait s’empêcher, parfois, de l’envier.
L’imperméabilité complète de Bartolomeo à toute forme d’insouciance étouffait rapidement les regrets de l’illyrien.
Bartolomeo fixa Galien d’un regard scrutateur.
- Tiens, nous parlions justement de vous.
Son okordien était mâtiné d’un accent méridional, obtenu en ayant grandi dans les Fournaises. L’entendre rappelait à Galien qu’année après année, le nombre d’exilés ayant réellement connus l’Illyrie allait en diminuant.
- Le commandant Pardal a demandé audience. Il n’est pas fier de vos exploits.
Galien ne put que grimacer intérieurement, gardant un visage impassible face au Capitaine-Général.
- À l’évidence, vous vous ennuyez. Cela tombe bien, j’ai un nouveau sujet de préoccupation pour vous.
Dégageant la table d’un fatras de lettres, livres, pièces de jeu et autres outils de la large table au centre de la tente, Bartolomeo révéla une carte.
Une carte du sud-est okordien, détaillant l’archipel du Ponant et les côtes saxo-illyriennes.
- Un sujet qui m’est cher.
Dernière modification par Ixarys (2025-11-25 22:18:00)
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Et les colonnes de feu montaient, montaient, jusqu’à transpercer les nuages, et dévorer les étoiles. Et à leur base, une grande silhouette, qui…
Théomène se réveilla.
Il sentait le souffle chaud du foyer sur son flanc droit, et le crépitement du bois dans l’âtre. Ce n’était que la fin d’après-midi, mais la météo était humide, et le ciel plombé, à en croire le garde en patrouille qu’il avait croisé une heure plus tôt.
- "Par conséquent, et au vu des sources antiques, il semble que ce que les habitants de Perdiglas désignent sous le nom de"… Oh Théomène, vous vous êtes endormi !
- Oui Cassy, déglutit le jeune homme, se redressant avec lourdeur du siège dans lequel il s’était affaissé.
- Podeszwa, j’étais tellement concentrée sur le livre, je suis désolée, s’excusa la servante, claquant le livre et se levant de sa chaise.
Théomène leva faiblement la main en guise de consolation, mais la servante l’ignora pour continuer de tempêter sur sa propre négligence.
- J’ai encore rêvé, l’interrompit-il. Cela eut le mérite de couper les protestations de la jeune femme.
- Toujours le même… ?
- Toujours la tempête de feu. Et je me réveille quand je veux regarder ce qu’il se trame au sol.
Il grimaça et porta ses mains sur ses tempes en gémissant, foudroyé par un soudain mal de crâne. Les mains de Cassy vinrent immédiatement sur son visage.
- Vous ne pouvez pas continuer comme ça !
- J’ai l’habitude des insomnies… marmonna sans conviction Théomène.
- Je vais voir en cuisine s’ils ont de l’aubépine pour une infusion, dit Cassy en retirant ses mains.
- Et Cassy, pourrais-tu…
- Oui ?
Théomène tourna le visage vers l’âtre.
- Remettre une bûche dans le feu ? Je crois qu’il s’étiole.
- Oh… Bien sûr.
L’aveugle sentit le parfum floral de Cassy tandis qu’elle se relevait, suivit du claquement d’une bûche dans la cheminée. Alors que la servante s’éloignait vers l’entrée, son pas s’arrêta soudainement, suivit d’un « Ma Dame », avant de reprendre son chemin et de quitter la pièce.
Un autre pas, différent, s’approcha de Théomène.
- Petite sœur, sourit-il en direction des pas.
- Mais comment tu fais ?! Cassiopée n’a même pas prononcé mon nom !
- Écoute le rythme de tes pas et tu sauras.
Agatha bougonna, pas convaincu par l’argument.
- Père cherche Édon partout. Tu l’as vu ?
Théomène leva ses yeux vitreux en direction de sa sœur. Depuis ses huit ans, la cataracte lui avait volé la vue. Pour lui, tout n’était désormais plus qu’un brouillard blanc plus ou moins clair, d’où se détachait parfois des formes et des silhouettes.
- Pardon, enfin… bredouilla Agatha. Bref, tu saurais où il est ?
- J’ai entendu dire qu’il était dans le cellier. Il doit choisir les vins pour la réception de demain. La visite des seigneurs de Carène.
- Merci. Agatha commença à s’éloigner, avant que ses pas ne cessent. Je ne voulais pas, mais… Tes rêves… Tu les as depuis longtemps ?
- Deux semaines. Toutes les nuits. Je dors à peine, je suis épuisé.
- Tu as de la chance que Cassiopée s’occupe de toi.
- Oui. Pourquoi notre estimé géniteur cherche-t-il le chancelier ?
Avec un froissement de papier, Agatha déplia la lettre dans ses mains.
- Une lettre est arrivée au colombier. Les Saxons. Ils recommencent à piller les côtes et attaquer les navires dans le Grand Canal.
- Je croyais que leur nouveau duc les avait repris en main. Comment s’appelle-t-il, déjà ? Rhûnn ?
- Rhûdd. Et non, plus maintenant, en tout cas. La Tour d’Écume est tombée.
La ville ponantine la plus proche de la Saxe, capturée par surprise sans le moindre signe avant-coureur ?
Même six ans plus tôt, lors du dernier Fléau des Boutres, ainsi que les Ponantins nommaient ces grandes invasions saxonnes, la Tour d’Écume s’était férocement défendue. Le tiers de ses habitations était parti en fumée, mais sa garnison avait tenu bon.
Pas cette fois.
- Si Père avait encore un cœur, je suis sûr qu’il s’en rongerait les sangs, ironisa Théomène.
- Il est préoccupé, oui, répondit Agatha, mal à l’aise. C’est pour ça que je dois trouver Édon.
- Alors file, répondit Théomène, qui sentait une nouvelle migraine pointer.
Agatha fit quelques pas, mais s’immobilisa.
- Tes rêves et tes insomnies… N’en parle pas à Père, il le prendrait mal.
- Je sais, répondit amèrement Théomène.
Agatha quitta la pièce, ne laissant plus que le crépitement du feu combler le silence.
Pour Bardane de Goulcetet, Théomène était déjà, en raison de sa cécité, « sa plus grande honte ». Le seigneur illyrien n’avait pas de patience pour les infirmes, particulièrement s’il avait son sang. Pas la peine de rajouter des crises nocturnes aux griefs dont il accusait son fils.
Dernière modification par Ixarys (2025-12-07 21:23:39)
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Assurion trouva les deux tourtereaux sur une falaise non loin de Point-du-Jour, donnant sur la mer en contrebas. Ils observaient ce qui ressemblait à un caillou un peu plus gros que les autres, de forme vaguement humanoïde, rongé par le temps et l’air salin.
Ce n’est qu’en s’approchant qu’Assurion se rendit compte qu’il s’agissait en réalité d’une statue, qui avait dû jadis orgueilleusement surplomber la mer. Elle était aujourd’hui à terre, anonyme, creusée et sillonnée par le lichen à sa surface.
Assurion salua d’un geste, qui lui fut rendu par Amala et Balthigar, lesquels continuèrent de disserter au pied du rocher. Derrière lui, Ondule claudiquait pour tenir le rythme. Le grand toller au poil blanc accusait les années, et même s’il peinait à Assurion de le reconnaître, il se faisait vieux, et le pont d’un navire deviendrait bientôt dangereux pour le chien.
S’agenouillant, sa sœur jumelle, Amala, toucha la statue du doigt, s’attardant sur une sorte de glyphe taillée dans une langue désormais oubliée.
- Avant le culte des Anciens Dieux, le Ponant avait un autre panthéon. Le Roi des Mers, Écume et sa Reine Ondule. Son frère, Abysse, qui le trahit et tenta de s’emparer de son trône. Ses enfants : Belchior, qui complota avec son oncle Abysse, Sarnac Écaille-de-Saphir, plus intéressée par les animaux que par les hommes. Et la Princesse des Marées, la première reine du Ponant. Un sourire flotta sur ses lèvres. Ils ne sont plus aussi populaires que par le passé, mais on y trouve encore des temples qui leur sont dédiés. Et le peuple ne les oublie pas dans leurs prières non plus.
Amala se releva, glissant une caresse sur le crâne d’Ondule, qui avait terminé de les rejoindre.
- Vous avez eu des rois, en Illyrie ? s’interrogea Amala.
- Un seul, soupira Balthigar. Hypire, le premier et le dernier roi d’Illyrie. Tué par ses alliés saxons en pleine bataille, alors qu’il défendait ses terres.
- Surprenant de leur part, ironisa-t-elle.
- Et ce culte des Marées, demanda Balthigar, est-ce la plus ancienne religion du Ponant ?
- Elle l’est, répondit Assurion. Il glissa un regard incertain vers Amala. Enfin…
- Nos légendes parlent parfois d’une autre religion. Ce n’est pas… Vraiment clair si elle est apparue avant ou après le culte des Marées. On trouve peu de traces de son existence. La seule chose certaine, c’est qu’elle n’existe plus.
- Et comment a-t-elle disparue ?
Amala haussa les épaules.
- Leurs dieux auraient trahi leurs adeptes. Quoi que cela veuille dire. Elle observa Assurion. Bon, qu’est-ce qui t’amène ?
- L’équipage du Bonventin a terminé ses préparatifs, ils n’attendent plus que toi. Gonfale voulait te chercher mais j’ai proposé d’y aller à sa place.
- Ah.
La jeune fille en fin d’adolescence se pinça les lèvres, avant de reporter son regard vers Balthigar. L’illyrien lui renvoya une expression qui se voulait neutre, mais cachait difficilement sa peine.
Comme sa sœur l’avait dit à Assurion, ce n’était pas qu’elle ne voulait pas partir de Point-du-Jour. Elle avait le sentiment qu’elle abandonnait Balthigar, condamné à garder sa demeure familiale alors que la guerre se préparait.
La falaise offrait une vue imprenable sur la ville en contrebas. Derrière Assurion, on pouvait apercevoir les fanions des Goulcetets, au croissant de lune verdâtre sur fond bordeau, flottant paisiblement dans la brise marine.
La ville s’était considérablement agrandie au cours des dernières années. La conquête de Siémont avait marqué le début de son essor : de nombreux illyriens avaient participé à la reconstruction de Pas-de-Mène, et s’y étaient installés, intégrant de fait la petite ville commerciale dans le giron du seigneur illyrien. Les liens forgés avec les ponantins lors du dernier Fléau des Boutres avait permis d’instaurer des alliances avec Mériport et Cendrebourg. La riche cité de Carène, principal port de la plus grande île de l’archipel sur sa côte orientale, suivait la même voie.
Fort de trois villes, ses frontières stabilisées par ses alliances, le domaine du seigneur Bardane connaissait depuis une prospérité remarquable. Sans être aussi importante que ce que pouvait connaître les quais de Carène, Moëville ou Haute-Marée, l’activité commerciale de Point-du-Jour s’était notablement accrue, de même que sa population. La ville était aujourd’hui la destination prisée des illyriens en exil, détrônant Port-Exil plus au nord.
L’agitation anormale sur les docks était le premier indice de la tempête qui se préparait. Dromons, galères et sloops se bousculaient sur les quais, des navires à vocation commerciale en cours de rénovation, leurs coques renforcées en vue des affrontements à venir. Quelques cogues mouillaient même plus loin dans la baie, leurs dimensions trop vastes pour les docks de la ville en perpétuelle expansion.
À peine une semaine plus tôt, ils avaient appris la chute de la Tour d’Écume, la ville la plus proche des côtes saxonnes. Assurion et Amala y avaient des associés commerciaux. Morts, sans doute.
Ébe et Piccalinato s’étaient barricadées. Moëville et Port-Exil enrôlaient des mercenaires à tour de bras et armaient les navires marchands assez infortunés pour naviguer dans les environs. Un nouveau Fléau des Boutres se profilait.
Le seigneur Bardane avait distribué ses ordres sans attendre, dans la journée, assommant son chancelier de directives pour financer l’armement des navires et les nouvelles levées dans la population. Surtout, il avait fait appel à son réseau d’alliance, bien plus large qu’au prélude de la bataille de Siémont : outre les amitiés sur lesquelles pouvaient s’appuyer Amala et Assurion, le seigneur illyrien avait demandé à Amala de plaider leur cause à Mériport et Cendrebourg, espérant que les villes occidentales se montrerait plus réceptives à une représentante ponantine.
Les seigneurs de Carène, présents par une heureuse coïncidence à Point-du-Jour lorsque la nouvelle du sac de la Tour d’Écume leur était parvenu, avait immédiatement offert leur aide, gonflant les effectifs combinés de Point-du-Jour, Siémont et Pas-de-Mène. À elles seules, les quatre villes rassemblaient une soixantaine de navires et plus de cinq mille hommes.
Mais il ne comptait pas s’arrêter là : à bord du Sei Mezzane d’Assurion, Bardane allait partir dans les prochains jours à destination de Port-Exil, puis de Foire-Ferraille, plus au nord, renouer contact avec les exilés illyriens.
Ses enfants resteraient avec le chancelier pour les préparatifs dans la ville-même. Aveugle et complètement reclus du monde séculier, le frère aîné, Théomène, ne semblait pas perturbé, ou même concerné par la décision paternelle. Quant à la cadette, Agatha, Assurion ne la connaissait pas assez bien pour savoir son ressenti.
Balthigar, par contre… À en croire Amala, l’adolescent pestait quotidiennement de devoir rester en arrière à l’heure où tout son entourage s’agitait et s’éparpillait. Mentionner que son frère et sa sœur restaient ne changeait rien : le jeune homme se sentait mis à l’écart, d’autant plus que son père refusait qu’il l’accompagnât, après l’échec spectaculaire de son précédent voyage, qui avait abouti à sa capture et sa rencontre avec Amala.
La situation semblait inextricable. Amala allait partir, et dans quelques jours, Assurion et Bardane également. Balthigar n’avait fait qu’anticiper avec angoisse leur départ.
Et ce moment arrivait aujourd’hui.
Ils continuaient de s’observer sans un mot. Balthigar eut un petit sourire crispé, qui n’arriva même pas jusqu’à ses yeux. Sans rien dire, Amala s’approcha et l’enlaça. Après un instant d’hésitation, Balthigar la serra à son tour contre lui.
- Je suis nul pour dire au revoir, murmura-t-il.
- Le silence marche bien aussi, répondit Amala.
Balthigar s’écarta légèrement, leurs visages se touchant presque.
- Et manquer l’occasion d’une mauvaise blague ?
- Assurion ? demanda Amala en grimaçant. J’ai un besoin urgent de connaître la route la plus courte jusqu’à mon navire.
Malaxant la fourrure d’Ondule à côté de lui, Assurion adressa un sourire gêné à sa sœur. Alors qu’ils se murmuraient leurs adieux, il se détourna vers Point-du-Jour afin de leur laisser de l’intimité.
Le Bonventin attendrait encore un peu.
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Qu’il était bon de rentrer à la Confrérie ! Ce n’était pas comme rentrer chez soi, mais c’était ce qui s’en rapprochait le plus. Pestaure avait renoncé à Ressyne, en même temps que son poste de Gardien du Harem, des années déjà. Les tentes rigoureusement montées de la Confrérie, ses terrains d’entraînement et ses rues de camp battues par les bottes étaient ce qui se rapprochait le plus d’une demeure pour le géant ressynien.
Peu après avoir quitté le navire, Pestaure s’était payé le luxe de s’imprégner de l’ambiance des lieux. Quatre ans depuis son départ de la Confrérie, depuis cet exil forcé par l’arrivée de Galien de Goulcetet. Croiser l’homme qui avait tenté de le tuer lors de la bataille de Siémont aurait été franchement coquasse, mais ce n’était pas pour lui qu’il avait sollicité cet éloignement au Capitaine-Général Canciago. C’était pour la jeune femme qui le suivait comme son ombre depuis qu’il était descendu du bateau.
La petite Élènye avait admirablement poussé depuis qu’il l’avait recueilli, après cette nuit cauchemardesque dans la petite ville du Ponant. Elle ne serait jamais aussi grande que lui, mais était déjà fermement ancrée dans l’adolescence. Ses traits poupins s’étaient fait fins sur son visage ovale, encadrés par une épaisse tignasse rousse.
Ce n’était pas sa couleur naturelle, mais une teinture faite selon les techniques du royaume insulaire de Boulimal. Pestaure n’était que peu convaincu par l’opération, mais celle-ci avait l’avantage de brouiller les pistes sur l’identité d’Élènye, aussi avait-il laissé filer.
L’adolescente sillonnait les environs d’un regard vigilant, le casque cabossé de Pestaure accrochée sur une cuisse, son arbalète battant l’autre au rythme de ses pas. Élènye était tombée tout à fait amoureuse de l’arme au cours des nombreux essais qu’avait proposé Pestaure, dans le cadre de sa formation martiale. Aussi avait-il passé commande auprès d’un artisan valésian pour lui faire une arme sur-mesure, plus petite, plus courte, mais plus maniable pour la jeune femme.
Alors que le duo progressait dans le camp, Pestaure réalisa qu’une fois de plus, la grande ville nomade de la Confrérie Élyséenne s’apprêtait à vider les lieux. Soldats, porteurs et esclaves ne cessaient d’aller et venir entre le camp et la flotte de navires mouillant sur la côte, chargeant tentes, caisses d’équipement, de nourriture, animaux et personnes. L’opération avait déjà pris plusieurs jours, et en prendrait encore quelques-uns de plus, bien que les grandes allées vides et criblées de trous laissés par les piquets indiquaient que l’on se rapprochait de la fin.
Les grandes tentes de commandement, bien entendu, étaient encore fièrement dressées au milieu du capharnaüm. Il était après tout hors-de-question de laisser dormir le Capitaine-Général à la belle étoile : sa tente serait la dernière à quitter l’île des Fournaises qui avait constitué les quartiers temporaires de la Confrérie.
Elle était toutefois vide, comme indiquèrent les phalangistes de garde à Pestaure. Une grande clameur se dégageait en direction du terrain d’entraînement, un peu plus loin.
Pivotant, Pestaure tomba nez-à-nez avec le commandant Pardal, responsable des terrains d’entraînement et de l’infanterie lourde au combat.
Détaillant le ressynien, le commandant haussa un sourcil. Plutôt petit, cheveux bruns coupés courts et traits quelconques, Pardal avait tout du personnage oubliable. C’était sans compter sur son caractère bien trempé, plus tenace qu’une tache de vin sur une tunique, et un franc-parler devenu légendaire, prodiguant des conseils sans filtres au Capitaine-Général, qui lui en était gré.
- Pestaure, déclara simplement Pardal, comme s’ils s’étaient quittés la veille. Lorsque le Capitaine-Général a annoncé votre départ en mission, j’ai cru qu’il s’agissait d’un euphémisme pour annoncer votre exécution.
- Bartolomeo n’est pas son père, répondit Pestaure en grimaçant un sourire.
- Non, mais il est bien son fils, répliqua le commandant, avec un sérieux qui refroidit Pestaure. Pardal leva la main en direction du terrain d’entraînement. Vous arrivez au bon moment, le Capitaine-Général donne un discours au conseil des officiers, sur notre destination. Cela vous intéressera. Vous et votre acolyte, dit-il en désignant du menton Élènye, qui n’avait pas pipé un mot depuis l’arrivée de Pardal.
Sans dire davantage, il s’enfonça dans la tente du Capitaine-Général. Après un haussement d’épaule à l’adresse de l’adolescente, Pestaure s’engagea dans la direction indiquée.
L’ensemble des officiers et nobles de la Confrérie Élyséenne s’agglutinait au pied d’une estrade édifiée à la hâte, commentant à grands renforts de cris et d’applaudissements le discours du Capitaine-Général. Derrière lui se tenait son cadre restreint, les officiers de confiance formant son état-major.
- Maintenant, maintenant, clama Bartolomeo en levant les mains pour calmer la foule, je pourrai disserter pendant des heures sur vos exploits dans le fort du Gris Piton, mais j’ai une nouvelle qui vous réchauffera, je pense, bien plus directement le cœur, continua-t-il avec un demi-sourire ironique. Une prime de campagne d’un mois de solde pour chaque soldat, deux pour les officiers, termina-t-il simplement, écartant les bras devant la foule.
Le conseil des officiers, naturellement, hulula son approbation à l’adresse du Capitaine-Général. Peu de sujets savaient provoquer autant d’enthousiasme que l’argent, surtout quand il s’agissait de primes de fin de campagne.
Saisissant affectueusement Élènye par les épaules, Pestaure la maintint devant lui tandis qu’ils s’enfonçaient au sein de la foule vibrante, jusqu’à arriver non loin de l’estrade, à une demi-douzaine de mètres du chef de la Confrérie Élyséenne. Le visage neutre, Bartolomeo attendit patiemment que la clameur de la foule retombe pour reprendre la parole.
- Plus important, un nouveau membre rejoint le cadre des officiers de la Confrérie. Il remplacera le sergent Czérion, mort lors de l’assaut sur le Piton. Bartolomeo se tourna vers son état-major. Avance, Angelos.
Tous les officiers formant les conseillers proches du Capitaine-Général n’étaient pas présents, mais Pestaure reconnut bien des visages. Aucune purge dans les cercles de pouvoir depuis ces quatre dernières années, contrairement à ce qu’avait connu la Confrérie sous Facino Canciago. Son fils Bartolomeo savait tenir les ambitieux limiers qui composaient le cadre des officiers sans avoir recours à des saignées régulières des effectifs.
Juste derrière Bartolomeo se tenait Ganthelbert, un long échalas au faciès émacié, cheveux gris et gras lui tombant jusqu’aux épaules. Pestaure estimait son âge à environ soixante ans, bien qu’il en fît facilement dix de plus. En dépit de son apparence négligée, c’était le Trésorier de la Confrérie, un rôle dont la compétence était aussi importante que l’intégrité et la loyauté de l’homme qui l’occupait. Que Ganthelbert tienne ce poste depuis la création de la Confrérie Élyséenne constituait un témoignage suffisant de ses mérites.
À sa gauche se trouvait Béoziel, la quarantaine, lui aussi cheveux longs, d’un teint noir corbeau. Assez laid, les traits épatés de son visage étaient pourtant totalement éclipsés par ses yeux, d’un teint si clair qu’ils semblaient translucides. Béoziel était un fournaisien, recruté plus d’une quinzaine d’années auparavant, montant discrètement les échelons de la Confrérie, jusqu’à son poste actuel, menant les archers et arbalétriers de la compagnie. Pour ce que Pestaure en savait, le fournaisien était probablement le maître-intriguant du Capitaine-Général, tant l’homme était absolument indécryptable. D’un calme et d’un flegme absolu, Béoziel parlait toujours d’une voix douce et égale, avec un je-ne-sais-quoi qui dressait les cheveux sur le crâne du ressynien. Pestaure ne savait comment le Capitaine-Général pouvait faire confiance au fournaisien au point de lui confier ses troupes à distance pendant les batailles.
Plus loin à droite du dispositif patientait l’énigmatique Siderène, chef de la garde personnelle du Capitaine-Général, ainsi que son champion, maniant le cimeterre ressynien avec une grâce inégalée, de l’opinion de Pestaure. Lui aussi des Fournaises, l’individu portait en permanence un casque renforcé dans lequel s’insérait un masque de fer, représentant un homme dans la force de l’âge, agrémenté d’une belle moustache. De ce qu’en comprenait Pestaure, il s’agissait d’une tradition culturelle de son île, selon laquelle seule sa famille pouvait voir son vrai visage. Puisque le Siderène ne parlait jamais (certains disaient qu’il était muet, d’autres qu’on lui avait arraché la langue, ou qu’il avait fait vœu de silence pour des raisons religieuses, comme ces étranges Gardiens du Sépulcre d’Illyrie), une paire d’yeux bleus clairs constituait le seul indice de l’être derrière le masque. Pour autant, le fournaisien pouvait se montrer bavard pour qui était capable de parler la langue des signes, à l’instar du Capitaine-Général.
Ayant remplacé le regretté Siegbert de Béhame, mort à Siémont, un barbu borgne solidement charpenté campait tout à droite de l’estrade, dardant d’un œil grognon l’assemblée. C’était Wilhem de Kergsburg, l’un des rares osterlichois parmi les élyséens, maître des chevaux et commandant de la cavalerie de la Confrérie, bien que le Capitaine-Général n’hésitait guère à participer aux charges avec ses hommes. Réputé pour sa rigueur et son tempérament ombrageux, Wilhem était, de manière finalement peu étonnante, un excellent ami du commandant Pardal.
L’individu entre Ganthelbert et le Siderène, toutefois, était encore un nouveau spécimen dans la galerie hétéroclite qui reposait sur l’estrade.
À l’appel du Capitaine-Général, Angelos s’avança souplement au-devant de la scène.
- Angelos nous vient de la Principauté de Nord-Azur, non loin d’ici. Pendant que nous piétinions à l’entrée du Piton Gris, Angelos s’est illustré en grimpant avec une dizaine d’hommes la tour ouest du fort, prenant leurs archers à revers et semant la panique chez les défenseurs. Un haut-fait risqué, mais payant, puisque le Piton est tombé le soir-même, ponctua Bartolomeo en posant la main sur l’épaule du nouveau venu.
Les officiers acclamèrent l’homme, entrechoquant leurs bracelets et leurs brassards dans une cacophonie métallique. Angelos, lui, semblait totalement imperméable aux rugissements de la foule, parcourant tranquillement les élyséens du regard, accrochant celui de Pestaure pendant un instant. Sentant le raidissement de Pestaure, Élènye leva un regard interrogateur à son adresse.
Dangereux, fut la première pensée qui traversa l’esprit du ressynien. L’homme était inquiétant, à la manière d’un Béoziel, mais doté d’un physique bien plus frappant. Élancé, les cheveux blonds rassemblés en une natte qui lui retombait sur l’épaule, il possédait des traits aquilins tirés à l’extrême, presque rapace. Cet homme était beau, de la même manière qu’un oiseau de proie était beau. Un court glaive lui pendait à la ceinture, un autre plus long était accroché dans son dos. Il faisait peu de doute qu’il savait se servir des deux.
- Angelos prendra le commandement des tirailleurs auxiliaires. Bienvenue parmi les officiers élyséens. Tu peux rejoindre tes confrères, indiqua Bartolomeo en le poussant légèrement vers l’escalier.
Tandis que le fournaisien rejoignait de sa démarche féline ses nouveaux égaux, dont les plus proches l’accueillirent avec quelques plaisanteries enthousiastes et gestes d’affection virils, le Capitaine-Général revint au centre de l’estrade, sa voix soudainement plus tranchante.
- Si je vous ai rassemblé ce matin, ce n’est toutefois pas uniquement pour distribuer les récompenses et bonnes nouvelles. Mais pour annoncer notre prochaine destination. Nous quittons le Delta.
Si le Capitaine-Général avait voulu obtenir la pleine attention de son auditoire, il n’aurait pu mieux s’y prendre. Un silence fébrile s’installa : voilà plus de vingt ans que la Confrérie Élyséenne faisait fortune dans la Mer des Fournaises et sur les côtes valésianes.
Ce fut le moment que choisit Pardal pour revenir sur le terrain d’entraînement, traversant la foule jusqu’à atteindre l’estrade. Mais il n’avait pas les mains vides : ses paumes serraient fermement un étendard.
- Il y a trente ans de cela, mon père, Facino Canciago, vous fit une promesse : qu’un jour, nous reviendrons en Illyrie, non comme des mendiants, mais comme des héros, clama Bartolomeo, dont la voix s’enflait progressivement.
La tension devint palpable au sein du public, composée en majeure partie de nobles illyriens exilés, ou enfants, voire petits-enfants d’exilés. Un ramassis de parias et de vaincus qui n’avaient jamais accepté leur sort. Entre ses bras, Pestaure sentit Élènye se redresser et se raidir aux paroles du Capitaine-Général.
- Vingt ans que la Confrérie Élyséenne va d’île en île, de contrat en contrat. Des mercenaires, oui ! Mais nous n’avons jamais oublié nos racines. Notre véritable but. Mon père ne l’a jamais oublié. Et moi non plus !
Pardal grimpa enfin sur l’estrade, l’étendard au sommet enroulé toujours entre ses mains. Bartolomeo s’empara de la hampe, que le commandant lui tendait presque religieusement, comme s’il s’agissait d’une relique.
D’une secousse des bras, le Capitaine-Général libéra l’étoffe, qui se déroula devant l’assemblée, révélant la lune brisée sur fond rouge sang, symbole de la Confrérie Élyséenne. Un étendard confectionné à la fondation de la compagnie, usé par le temps et les batailles.
Les officiers élyséens se mirent à vibrer à sa vue.
- Que nous reviendrons faire justice, punir les traîtres et reprendre notre dû. Nos terres !
Bartolomeo agita l’étendard sur l’estrade. Un cri rauque commença à traverser la foule. Atterré, Pestaure observa les illyriens comme en transe face au Capitaine-Général.
- Mes hommes. Mes frères ! s’écria un Bartolomeo que Pestaure n’avait jamais vu aussi exalté. Ce jour, ce jour dont nous rêvons tous, ce jour est venu ! Nous rentrons venger nos pères ! Nous rentrons chez nous !
Un grondement primitif, guttural qui fit pâlir toutes les précédentes clameurs de la journée parcourut la foule, les officiers entrechoquant une fois de plus leurs brassards, certains dégainant leurs lames au péril de leurs voisins pour les brandir vers les cieux.
- Nous n’oublions pas ! crièrent plusieurs centaines de voix, répétant la devise de la Confrérie.
- L’Illyrie qui fut, et qui un jour sera ! en continuèrent d’autres.
- Nous n’oublions pas !
- NOUS N’OUBLIONS PAS !
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