Vous n'êtes pas identifié(e).

Le ciel avait viré au plomb sur les rives du fleuve aux abord du guet de Corbeval. L'obscurité ne tombait pas ici comme ailleurs, elle suintait, montait du sol gorgé d'eau noire, se confondait avec la brume qui rampait entre les touffes de roseaux. À l'ouest de Krakow, loin des lumières de la cité, la route du gué n'était plus qu'un ruban de boue durcie entre deux étendues d'eau croupissante. Les grenouilles se taisaient. Mauvais signe ou simple habitude, nul ne le savait.
L'Auberge des Marais se dressait au bord du chemin comme une dent gâtée dans une bouche vide. Deux étages de planches grises, un toit de chaume en partie effondré côté nord, une enseigne en bois qui avait depuis longtemps renoncé à représenter quoi que ce soit de lisible. Elle se balançait dans le vent du soir avec le grincement régulier de quelque chose qui n'avait pas été huilé depuis une génération. Une lumière jaunâtre filtrait par les volets mal joints. C'était suffisant pour que les gens qui n'avaient nulle part où aller sachent qu'on pouvait boire là. Le reste du bâtiment, si l'on pouvait appeler ça un reste, se devinait dans le noir : une remise à l'arrière dont la porte battait en cadence, un tas de ce qui avait peut-être été du bois de chauffage, une auge à chevaux verdâtre dont l'eau ne devait pas avoir été changée depuis la fonte des neiges. La boue du chemin s'était incrustée entre les pierres du seuil. Personne n'avait jugé utile de l'en déloger.
Un homme sortit en titubant, s'appuya contre le chambranle le temps de trouver ses jambes, puis disparut dans le noir en direction du gué. Le silence referma les marais sur son dos. Aucune autre âme qui vive.
Sans un bruit, un cavalier arriva dans une lenteur de circonstance. Sa monture avançait la tête basse, les flancs lourds d'une longue route. Lui ne bougeait pas sous l'épais manteau, capuche rabattue bas. Il descendit avec l'économie de gestes de quelqu'un qui a fait ça des milliers de fois, attacha la bête à l'anneau de fer scellé dans le mur, plus solidement que ne l'auraient fait la plupart des gens pressés d'entrer, et poussa la porte.
À l'intérieur, l'air était une chose épaisse. Sueur froide, graisse rance, fumée de bois vert, quelque chose qui avait cuit trop longtemps dans un chaudron dont on n'avait pas changé l'eau depuis. Le feu dans l'âtre tirait mal ce soir-là, et la fumée hésitait entre sortir par la cheminée et rester napper le plafond de poutres noircies. Elle avait choisi les deux. La grande salle ne payait pas de mine. Trois tables longues occupaient le centre, avec leurs bancs usés aux arêtes vives, tavelés de brûlures de pipes et d'entailles que les couteaux avaient laissées au fil des années. À la quatrième, une planche avait été remplacée par une autre, plus claire — tache inconvenante dans le décor, comme une dent neuve. Le sol de terre battue avait bu tellement de renversements divers qu'il avait acquis une sorte de lustre sombre, quasi organique.
Quelques chandelles en suif fumaient sur les tables. Leur lumière ne cherchait pas à éclairer, juste à signaler que des gens se trouvaient là. Et des gens s'y trouvaient, effectivement. Pas beaucoup. Un vieux aux coudes posés sur la table, le menton dans les mains, dans cet état intermédiaire où l'on n'est plus tout à fait éveillé sans être encore vraiment endormi. Deux hommes dans le fond qui ne parlaient pas mais partageaient un pichet avec la concentration grave de gens qui avaient de sérieuses raisons de boire. Une femme près de la fenêtre qui n'avait manifestement pas envie qu'on lui parle, et dont la posture suffisait à le faire comprendre à quiconque ne manquait pas complètement de discernement.
L'aubergiste, lui, se tenait derrière son comptoir. Homme de corpulence moyenne, tablier d'un gris indéfini, regard de celui qui a tout vu passer sans que rien l'étonne plus vraiment. Il leva les yeux quand la porte s'ouvrit, les rabaissa presque aussitôt. Le cavalier s'approcha du comptoir, commanda un calvok d'un mot ou d'un geste, difficile à dire lequel, et l'aubergiste posa devant lui un gobelet en étain bosselé avec le naturel de quelqu'un qui accomplit un acte rituel. Le liquide ambré était de la couleur exacte dont on se méfie mais qu'on boit quand même.
L'homme prit son gobelet et alla s'asseoir à l'une des tables libres, et elles étaient nombreuses à cette heure. La chaise grinça. Il ne retira pas son manteau.
Dernière modification par HernfeltMayer (2026-06-19 10:25:00)
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Le cavalier venait à peine de s'installer lorsque la porte de l'auberge s'ouvrit de nouveau.
Cette fois, personne ne tituba dans l'encadrement.
L'homme qui entra semblait appartenir aux ombres du marais autant qu'à la route elle-même. Un manteau sombre couvert de poussière de voyage, des bottes maculées de boue jusqu'aux genoux et un visage si banal qu'il paraissait presque travaillé pour être oublié. Il s'arrêta un instant, laissant ses yeux s'habituer à la lumière jaunâtre des chandelles.
Puis il avança. Sans hésiter.
Comme un homme qui savait exactement qui il était venu trouver.
L'aubergiste le regarda approcher et son expression changea à peine. À peine.
Le nouvel arrivant posa une pièce sur le comptoir.
- Une sarvoise.
L'aubergiste servit sans poser de question.
L'homme prit la chope, tourna les talons et traversa la salle. Quelques regards le suivirent. Aucun ne s'attarda.
Il s'assit en face du cavalier. Ni invitation. Ni présentation.
Juste le bois qui grinça sous son poids.
Il but une gorgée.
- Vous avez fait beaucoup de chemin pour venir boire dans un trou pareil.
Sa voix était calme. Fatiguée même.
Le cavalier ne répondit pas.
Le silence s'étira. Un silence professionnel.
Celui des hommes habitués à mesurer leurs mots avant de les déclarer.
Le maître des ombres hocha lentement la tête.
- J'ai entendu dire que vous cherchiez des hommes capables de disparaître.
Son regard glissa vers la fenêtre où la pluie commençait à battre les volets.
- Cela tombe bien. Les miens passent leur vie à faire l'inverse de se faire remarquer.
Une autre gorgée.
- Mais avant de parler de ce qu'ils peuvent faire, j'aimerais savoir ce qu'on leur demande exactement.
Il posa sa chope.
- Parce que les tombes sont pleines de braves gens qui ont accepté un contrat avant de connaître tous les détails.
Le feu craqua dans l'âtre.
Le maître des ombres poursuivit.
- Une autre chose m'intéresse.
Ses yeux gris se fixèrent sur son interlocuteur.
- L'anonymat.
Le mot resta suspendu quelques instants.
- Si mes hommes interviennent, personne ne devra pouvoir remonter jusqu'à eux. Ni jusqu'à moi. Ni jusqu'au domaine qui les a vus naître.
Il croisa les bras.
- Les rumeurs sont comme les rats. Elles trouvent toujours un trou pour sortir. Je veux savoir qui est au courant de cette affaire, combien ils sont et pourquoi ils garderaient le silence demain alors qu'ils le gardent aujourd'hui.
Le vent secoua l'enseigne dehors.
L'homme eut un léger sourire. Un sourire sans chaleur.
- Ensuite seulement nous parlerons du reste.
Il leva sa chope.
- Alors dites-moi... qu'attendez-vous réellement de nous ?
Puis il se tut.
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- C'est dingue, t'es venu directement à ma table ! Comment as tu deviné ?
La capuche tomba dans un mouvement vif, révélant un visage jeune, les yeux brillants d'une animation que le calvok n'expliquait pas encore tout à fait. Lancelin éclata d'un rire franc, le genre de rire qui détonne dans un endroit pareil comme une pièce d'or tombée sur un sol en terre battue.
- Ah la la ! J'ai toujours voulu rencontrer ces types louches dans un rade moisi ! C'est tellement mystérieux... Mais tellement cliché ! J'adore ! Excitant, non ?
Il balaya la salle d'un regard circulaire, l'air sincèrement ravi de son environnement.
- Ne t'inquiétes pas pour eux. Il ne répéterons rien. Dans le coin il n'y a que des demeurés, des coureuses de remparts sur le retour et des demeurés qui font des enfants à des coureuses de remparts sur le retour, tout ça dans un joyeux bal de consanguinité à peine dissimulé.
Il s'interrompit, regard lancé vers un homme dans le fond de la salle, visage indéchiffrable sous un chapeau effondré.
- Regarde celui-là là-bas.
Il leva son gobelet dans sa direction avec un grand sourire. L'homme, après un temps, leva le sien en retour et découvrit dans l'effort quelque chose qui avait dû être des dents entouré de lèvres tout aussi décrépit.
- Eh ben il m'entend aussi bien que toi. Mais lui il est complètement con. Comprend rien.
Lancelin reposa son verre, se pencha légèrement en avant, coudes sur la table.
- Bref. Merci d'être venu et de m'avoir permis de vivre mon premier exaltant recrutement "sous le manteau". Pour votre anonymat, pas de problème. Je ne veux rien savoir et je ne vous demanderai jamais rien, même pas ton nom.
Après un temps de réflexion théâtrale, les yeux posés sur son interlocuteur.
- Je t'appellerai... Gisèle.
Il sourit à sa propre trouvaille.
- C'est une vieille femme que j'ai connue rue des amandiers... Ah cette Gisèle... m'enfin bon je m'égare.
Il redevint sérieux. Pas complètement, mais suffisamment.
- On m'a subtilisé une cargaison importante. Des pirates. Ou des contrebandiers, appele-les comme tu veux. Ces types sont sacrément bien équipés et nous pensons savoir où ils crèchent. Mais la Siostry Vespasia ne veut pas qu'on y envoie nos hommes. Ces choses de la guerre, de la testostérone, de l'hémoglobine, c'est pas son truc à la Siostry.
Il marqua une pause, comme pour laisser le nom faire son effet.
- Et c'est là que tu interviens, Gisèle. Il n'y aura que moi qui saurai qui a récupéré le colis. Libre à toi, alors, toi et tes hommes, de ne pas laisser de témoin sur place. À vous de voir.
Il dit ça avec la légèreté d'un homme qui commande un second calvok.
- Alors voilà. Tes hommes et toi, vous n'avez pas le mal de mer, non ? Et vous auriez un bon lofeur dans le lot ? Un type qui saurait mener une berge dans des endroits impossibles pour vous permettre de débarquer quelque part discrètement ?
Il attendit, les yeux vifs, le sourire en coin.
Dernière modification par HernfeltMayer (2026-06-12 13:49:56)
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Le maître des ombres resta immobile pendant toute la tirade.
Pas un sourire.
Pas une réaction lorsque son interlocuteur baptisa un inconnu du nom de Gisèle.
Il prit simplement une gorgée de bière.
Puis une autre.
Lorsqu'il reposa enfin sa chope, ses yeux gris se posèrent sur Lancelin.
- J'ai connu une vraie Gisèle autrefois.
Un silence.
- Elle empoisonnait ses maris.
Nouvelle gorgée.
- J'espère que ce nom ne porte pas malheur.
Le feu craqua derrière eux.
Le maître des ombres observa quelques instants la fumée qui serpentait sous les poutres.
- Une cargaison volée. Des marins armés. Une cache dont vous pensez connaître l'emplacement. Jusque-là cela ressemble davantage à un problème de soldats qu'à un problème d'espions.
Il tapota doucement la table du bout des doigts.
- Ce qui signifie que vous ne m'avez probablement pas tout dit.
Son regard revint sur Lancelin.
Calme.
Patient.
Comme celui d'un homme habitué à attendre.
- Les contrebandiers ordinaires se pendent au bout d'une corde ou finissent égorgés dans un fossé. Les hommes bien équipés qui inquiètent suffisamment une Siostry pour qu'elle refuse d'envoyer ses propres troupes... c'est une autre histoire.
La pluie commençait à marteler les volets.
- Alors avant que mes hommes embarquent sur une barge au milieu de la nuit, j'aimerais savoir ce qui rend ces gens différents.
Il croisa les bras.
- Combien sont-ils ? Qui les finance ? Que transportaient-ils exactement ?
Son regard se durcit légèrement.
- Et surtout... pourquoi votre dirigeante préfère-t-elle engager des inconnus plutôt que ses propres guerriers ?
Le maître des ombres se pencha légèrement en avant.
- Parce que lorsqu'un homme me dit qu'il a besoin de discrétion, je l'écoute. Lorsqu'il insiste autant que vous sur la discrétion, je commence à me demander ce qu'il cherche réellement à cacher.
Puis, pour la première fois, un mince sourire apparut.
Bref.
Presque invisible.
- Quant au mal de mer... rassurez-vous. Les hommes que j'emploie ont déjà débarqué sur des côtes où l'on mourait plus vite de la peur que des flèches.
Il leva sa chope.
- Trouvez-moi un endroit où poser le pied, et nous trouverons bien un moyen d'y arriver.
Puis il but tranquillement, laissant à Lancelin le soin de remplir les silences. Après tout, songea-t-il, les gens bavards finissaient presque toujours par révéler quelque chose d'utile.
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Lancelin laissa tomber un silence. Pas un silence gêné, un silence déçu. Il regardait Gisèle (Radomir) avec l'expression d'un enfant qui vient de déballer un cadeau décevant.
- Pour quelqu'un qui baigne dans l'ombre, tu poses vraiment beaucoup de questions, Gisèle.
Il fit tourner son gobelet entre ses doigts.
- Bon. Puisque t'insistes.
Il se redressa, le ton moins enjoué, pas encore sérieux, quelque chose entre les deux.
- La Siostry ne veut pas envoyer à la mort des pères de famille pour récupérer un produit qui ne va servir qu'à prolonger son existence terrestre. Voilà. Vespasia est quelqu'un de très attaché au poids de la vie. Elle exècre l'hypocrisie des grands de ce monde qui expédient leurs hommes mourir pour leurs propres conforts. Elle ne veut pas que sa vie se paie par les âmes de ses fidèles.
Un temps.
- Pour tout te dire... elle ne sait rien de toute cette affaire.
Il dit ça sans ciller, comme s'il annonçait une météo.
- Tu me fatigues, Gisèle.
Il posa son gobelet et le poussa légèrement de côté, signe que la parenthèse récréative était close.
- Vous êtes équipés pour prendre d'assaut d'éventuelles barricades ? Il me semble avoir ouï-dire des murailles, en plus de ces satanées falaises. Comment vous comptez faire pour grimper et amener de quoi éventrer leurs possibles défenses ?
Il attendit, les yeux posés sur Radomir, cette fois sans le sourire.
Dernière modification par HernfeltMayer (2026-06-12 13:50:12)
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Radomir observa quelques instants son interlocuteur.
Comme s'il évaluait non pas ses paroles, mais ce qu'elles cherchaient à dissimuler.
Puis il hocha lentement la tête.
- Les hommes qui vivent dans l'ombre posent beaucoup de questions parce que ceux qui n'en posent pas finissent généralement dans des fossés.
Il prit une gorgée de bière.
- Et les morts sont rarement de bons négociateurs.
Son regard se posa un instant sur les flammes de l'âtre.
- Quant aux murailles, aux falaises et aux barricades... vous raisonnez comme un homme qui cherche à prendre une forteresse.
Un léger haussement d'épaules.
- Les Trofs raisonnent autrement.
Le mot avait été prononcé naturellement, comme un fait.
- Nous préférons approcher discrètement. Observer. Comprendre. Trouver les habitudes, les faiblesses, les oublis. Chaque mur possède une fissure. Chaque garnison possède un homme fatigué. Chaque fortification possède une porte qui s'ouvre un jour ou l'autre.
Le maître des ombres posa ses doigts sur la table.
- Si l'endroit est réellement imprenable, alors nous nous adapterons. Nous construirons ce qu'il faut construire. Des engins de siège s'il le faut. Des ponts. Des échelles. Peu importe.
Son regard se releva.
- Les bois ne manquent pas sur ce continent. Les routes marchandes non plus. Il existe toujours un endroit discret où travailler à l'abri des regards.
Puis il marqua une pause.
- Mais il arrive aussi que des murailles soient en réparation. Que des ouvriers aient laissé un échafaudage en place. Qu'une poterne soit moins surveillée qu'elle ne devrait l'être.
Un très léger sourire.
- La chance sourit parfois aux gens patients.
Le silence revint quelques secondes.
Puis Radomir alla enfin au cœur du sujet.
- Tout cela reste secondaire pour l'instant.
Il croisa les bras.
- De combien d'hommes parlons-nous exactement ?
Son regard ne quitta pas Lancelin.
- Parce qu'il y a une différence entre infiltrer une poignée de contrebandiers et assiéger une petite armée.
Une dernière gorgée.
- Et avant de réfléchir à la manière d'entrer... j'aimerais savoir ce qui nous attend de l'autre côté du mur.
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Lancelin s'arrêta.
Pas longtemps. Juste le temps de laisser passer le mot.
- Les Trofs.
Il jeta un œil sur sa gauche, puis sur sa droite. Le vieux dormait toujours. L'homme aux dents rares fixait son gobelet avec la concentration d'un théologien.
- Eh ben dis donc, Gisèle. Pour un maître de la discrétion t'as la langue bien pendue.
Il sourit, mais ce n'était plus tout à fait le même sourire que tout à l'heure. Celui-là était plus court.
- Bon. Une île. Dans les deux mille hommes environ, je n'en sais rien, je ne suis pas allé compter. Si je fais appel à toi c'est aussi pour ne pas avoir à y aller moi-même, tu noteras.
Il posa ses deux mains à plat sur la table.
- Mon prix : un million d'okors maintenant. Si tu me ramènes la cargaison, une dizaine de caisses, un million d'okors supplémentaire à la livraison.
Il laissa le chiffre exister un moment dans l'air moisi de la salle.
- Ce n'est pas rien. Et c'est tout ce que tu sauras sur le contenu avant d'avoir accepté.
Il reprit son gobelet.
- Alors. Une île, des falaises, des murailles probables, deux mille bras hostiles, dix caisses à ramener. Et toi t'as pas le mal de mer.
Il but une gorgée.
- C'est dans tes cordes, Gisèle, ou je cherche quelqu'un d'autre ?
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Radomir posa son gobelet sur la table avec un léger sourire.
Deux mille hommes ?
Il haussa les épaules.
Ce n'est pas grand-chose. Une île, des murs, des soldats... tout ça se contourne, se traverse ou se fait ouvrir tôt ou tard.
Il se pencha légèrement vers Lancelin.
Ce qui m'intéresse davantage, ce sont les caisses. C'est bien elles l'objectif, et uniquement elles ?
Son regard se fit plus attentif.
Comment les reconnaît-on ? Ont-elles une marque particulière, une taille précise, un sceau, une couleur ? Et surtout... êtes-vous certain qu'il n'existe qu'une seule série de caisses correspondant à votre description sur cette île ?
Il laissa passer un instant.
Parce que prendre dix caisses est facile. Prendre les bonnes, c'est ce qui justifie les deux millions.
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- Du sud d'Osterlich.
Il laissa la comme ça. Une seconde. Deux.
- Les caisses portent des marques végétales. Des herbes, des feuilles, quelque chose dans ce goût-là. Je ne me souviens plus du détail exact. Mais elles viennent du sud d'Osterlich, donc tu cherches des marquages qui ressemblent à ça. T'as pas besoin d'en savoir plus pour les reconnaître.
Il s'arrêta, le regard posé sur Radomir un instant, comme s'il évaluait si la question méritait une suite. Il conclut que non.
Puis il baissa les yeux sur son gobelet.Vide.
Il le fit pivoter légèrement entre ses doigts, constata l'évidence, et le reposa sur la table avec la résignation tranquille d'un homme qui avait d'autres choses à faire que de le remplir.
Il se leva. La chaise racla le sol de terre battue. Le vieux dans le fond remua vaguement sans se réveiller. L'homme aux dents rares leva les yeux une fraction de seconde, puis les rabaissa sur son pichet, convaincu que ça ne le concernait pas.
Lancelin tendit la main par-dessus la table, paume ouverte, le geste direct et sans cérémonie.
- On est OK, Gisèle ? Je peux compter sur toi ?
Il attendit, debout, sans le sourire de tout à l'heure. Juste les yeux posés sur Radomir, clairs et attentifs. La question était simple. La réponse l'était aussi, dans un sens ou dans l'autre.
Valeur des forces dans le fort : 1.000.000 okors.
Radomir a le droit à la même valeur d'armée.- Bonus/malus -
Part aléatoire : Lancé de dé 6 (c'est beaucoup !)
Part RP :
. Piège de la question sur le lofeur (terme inventé) : Radomir n'a pas prétendu en avoir un. => Bonus/malus +1
. Question murailles et barricades : Radomir reste flou => Bonus/malus 0- Total Bonus/Malus -
aléatoire - bonus + malus x 50000 = 250.000 okors viendront renforcer le fort.
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On est Ok.
Radomir tendit la main et la serra fermement en inclinant la tête en guise de confirmation.
Et dans un sourire satisfait, Radomir conclut.
Je te ferais déposer toutes tes caisses d’herbes d’Osterlich directement au port. On les cachera au milieu de nos propres caisses d’épices.
Le maître des espions Trof se leva sans même toucher quoique ce soit sur la table, déposa une pièce d’or et se dirigea vers la porte.
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Au creux des falaises qui encerclaient l'île comme les crocs d'un gigantesque prédateur, les espions avaient établi un abri discret. Le fort n'était plus visible d'ici, caché derrière les reliefs chaotiques de l'île des Pendus.
Asger écouta ses hommes revenir de leur observation.
« Alors ? »
Ketil s'accroupit près de lui.
« Quelques défenses. Murs, tours et donjons bien entretenus mais simple à abattre. Et environ mille six cent quarante hommes. »
« - Moins que les deux mille attendus alors. »
«- Oui. Nous avons recompté plusieurs fois. S'il manque des hommes, ce ne sont sans doute pas des troupes cachées. Je parierais plutôt sur des patrouilles qui ne sont pas encore revenues. »
Bjarke acquiesça.
« - Il y a beaucoup d'archers et d'arbalétriers. De la cavalerie aussi un peu. C’est une composition atypique mais pas anormale, cela ne ressemble pas à une équipe de combattants prêts à recevoir des renforts. Les gardes eux-mêmes n’ont pas l’air d’attendre l’arrivée de qui que ce soit. »
«- Et la cargaison ? »
Les trois espions échangèrent un regard.
«- Nous avons cherché les marquages décrits. Mais dans un repaire de contrebandiers pareil... il y a des caisses partout. Impossible d'être absolument certains. »
Un silence suivit.
«- On pourrait observer encore quelques jours. »
Asger secoua la tête.
«- Non ça va aller. Les risques d'erreur sont faibles. Des forteresses de contrebandiers de cette taille, il n'y en a pas cinquante dans le royaume. Et puis on nous a orienté assez précisément ici. Et plus nous attendrons, plus cette cargaison risque de disparaître. »
Il se releva et regarda vers les hauteurs de l'île.
« Nous avons assez vu. Nous retournons rendre compte. »
Ketil esquissa un sourire.
«- Et ensuite ? »
Asger haussa les épaules.
« - Avec moins d'hommes que prévu dans le fort ? Le maître des Espions verra une occasion. À mon avis, avant même le lever du soleil, quelqu'un donnera l'ordre d'attaquer. »
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La porte n'existait plus.
Là où s'élevaient quelques instants plus tôt deux tourelles trapues et la lourde herse de bois cerclée de fer, il ne restait qu'une gueule béante crachant la poussière et les braises. Des poutres entières, projetées comme des fétus, retombaient en pluie de tisons sur la cour intérieure. Un homme, encore à moitié endormi, fut écrasé sous une section de mur avant même d'avoir compris d'où venait le grondement. L'écho de l'explosion roula contre les falaises, revint, se mêla aux cris.
À l'ouest, la fumée de la muraille sud continuait de monter, épaisse, grasse, trompeuse. Le piège avait fonctionné à merveille : la moitié des brigands s'y entassait déjà, seaux à la main, hurlant des ordres que personne n'écoutait, tournant le dos à la véritable blessure. Le feu n'était qu'un leurre. La vraie morsure venait de l'est, et elle saignait.
Dans la brèche, l'ombre se mit en mouvement.
Ils vinrent sans cri. C'était cela, d'abord, qui glaçait : pas de hurlement de guerre, pas de tambour, seulement le martèlement sourd et discipliné de bottes qui savaient où elles allaient. Des silhouettes basses, ramassées derrière de longs boucliers, franchirent les décombres en une colonne serrée, lances pointées, avançant comme une lame qu'on enfonce lentement dans une plaie ouverte. Le contraste était brutal. D'un côté, des hommes en haillons d'acier, réveillés en sursaut, l'œil vitreux de vin et de sommeil, cherchant leur arme à tâtons dans la nuit. De l'autre, une machine froide, huilée, silencieuse.
Le premier brigand qui leur fit face mourut sans avoir crié. Le deuxième n'eut le temps que d'un juron.
Sur les remparts à moitié effondrés, les sentinelles assoupies se réveillèrent enfin pour découvrir que la nuit elle-même semblait se déverser dans la forteresse. Une d'elles, un grand gaillard à la barbe rousse, fit sonner une cloche fêlée, trop tard, beaucoup trop tard. Le son ne fit qu'ajouter au chaos, rabattant vers l'est ceux qui couraient déjà vers l'ouest, et l'on vit alors la fourmilière se déchirer en deux courants contraires qui se heurtèrent au milieu de la cour, hommes contre hommes de leur propre camp, dans une bousculade aveugle.
Au pied de la tour, le grand bâtiment éventré vomit ses dormeurs. Ils sortaient pieds nus, torse découvert, certains tenant encore une chope, d'autres une hache mal affûtée, tous clignant des yeux vers les flammes qui dansaient maintenant à deux endroits du fort. Un chant interrompu mourut dans une gorge. La lueur du feu intérieur projetait sur les murs lézardés des ombres démesurées, et l'on ne distinguait plus l'ami de l'ennemi, le vivant du mort, l'homme de la bête.
Le vent, lui, n'avait pas faibli. Il poussait la fumée à l'horizontale au-dessus des falaises, vers la mer noire et le grand canal en contrebas, où les eaux renvoyaient en miroitements rougeâtres l'incendie naissant. De loin, depuis l'Osterlicht ou les royaumes voisins, on aurait pu croire que l'île tout entière s'était embrasée comme un fanal.
Dans la cour, la colonne assaillante avait cessé d'être une colonne. Elle s'ouvrait maintenant en éventail, méthodique, refoulant les brigands vers le centre, vers le piège que formaient leurs propres murs reconstruits à la va-vite. Ces renforts de mauvaise facture, ces parements rapiécés dont ils étaient si fiers, se retournaient contre eux : pas de seconde porte, pas d'issue, rien que la pierre branlante et le vide des falaises.
En haut de la tour est, à l'écart du chaos, une sentinelle s'était immobilisée.
Elle n'avait pas bougé depuis l'explosion. Pas couru, pas crié, pas saisi son arme. Elle était restée là, les deux mains posées sur le parapet de pierre froide, à regarder. D'abord la porte qui n'existait plus. Puis les hommes qui couraient dans tous les sens comme des bêtes affolées. Puis la colonne qui avançait, régulière, inexorable, mangeant la cour mètre par mètre.
De là-haut, on voyait tout. C'était pire.
Elle se retourna lentement vers l'autre côté du parapet. La falaise plongeait dans le noir absolu, cent pieds de roche sombre avant les écumes blanches que l'on devinait plus qu'on ne les voyait. Le vent soufflait fort ici, plus fort qu'en bas, et il portait l'odeur du sel et de la mer ouverte. Une mort propre, rapide, sans lame ennemie, sans capture, sans ce qui venait après la capture.
Elle regarda la mer un long moment.
Puis elle entendit une voix en bas.
Grave. Massive. Une voix qui n'appartenait pas à la panique.
- Aux murs. Les archers aux murs.
L'homme qui parlait se tenait au centre de la cour, seul dans le vide que la débandade avait créé autour de lui. Large d'épaules, bras nu jusqu'à l'épaule gauche, une arme dans chaque main. Il ne courait pas. Il ne regardait pas la brèche avec la peur que tous les autres y lisaient. Il regardait ses hommes, les uns après les autres, et là où son regard s'arrêtait, les hommes s'arrêtaient aussi.
- La herse de la tour nord. Trois hommes. Dans la brèche. Maintenant.
Pas d'explication. Pas de supplication. Juste l'évidence d'un homme qui avait déjà perdu des batailles et qui savait encore quoi faire avec les ruines.
Les hommes obéirent. Pas par amour, pas par loyauté — par ce réflexe primitif qui pousse les bêtes à suivre celle du troupeau qui ne tremble pas. La herse, assemblage grotesque de rondins et de chaînes, fut traînée en travers de ce qui restait de la grande porte. Cela ne tiendrait pas longtemps. Cela n'avait pas besoin de tenir longtemps.
Une charrette bascula, formant barricade. Des tonneaux roulèrent. Un caisson d'armes cassé vint combler un angle mort. Maigre, bancal, improvisé, mais la cour commençait à ressembler à quelque chose. À un piège plutôt qu'à un abattoir.
- Ils sont mieux armés, dit l'homme sans élever la voix, s'adressant maintenant aux quelques silhouettes qui s'étaient rassemblées autour de lui. On les force à venir à nous. Dans l'étroit. Dans la boue. On leur vend chaque mètre.
En haut de la tour, la sentinelle avait lâché le bord de la falaise.
Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être la voix. Peut-être simplement que mourir en regardant quelqu'un d'autre tenir debout semblait plus difficile que mourir en tenant debout soi-même. Elle ramassa sa lance posée contre le parapet, vérifia l'angle de tir sur la brèche, et attendit.
En bas, les archers, trois hommes, un arc, deux arbalètes dont une rouillait depuis l'automne, prenaient position sur ce qui restait du rempart ouest. La fumée continuait de couler vers la mer. Les braises flottaient. Les brigands s'organisaient.
L'homme au centre de la cour se retourna vers la brèche.
L'ombre disciplinée continuait d'avancer entre les décombres, boucliers levés, lances en avant, sans hâte et sans pitié.
Il n'avait pas bougé d'un pouce.
- Tenez !

Lancelin Falkenberg von Mayer, Siostry Vespasia et toute sa clique (Aldric "Main-de-Sixte" Ravenswood, Amaury de Gavere, Le Denier, Maître Balthazar ou le Strolatz Wacław Kowalczyk...)
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Radomir Strazca n'avait jamais aimé les batailles rangées.
Les batailles étaient bruyantes. Confuses. Imprévisibles.
Les ombres, elles, obéissaient à des règles plus simples.
Pourtant, lorsqu'il observa les dernières pierres du mur s'effondrer dans les ténèbres précédant l'aube, il sentit une satisfaction froide lui parcourir l'échine.
Les espions avaient eu raison.
Les armes de siège, acheminées de nuit et déployées dans le plus grand secret, avaient frappé juste. Les murailles du Fort de l'Île des Pendus n'étaient plus qu'un tas de gravats lorsque les premières lueurs du matin apparurent à l'horizon.
Et derrière ces ruines se trouvaient peut-être les caisses d'Osterlicht.
Pour elles, Radomir avait quitté son bureau.
Pour elles, le Maître des Ombres menait lui-même quinze cents hommes au combat.
La charge initiale fut un succès.
Surpris dans leur sommeil, les contrebandiers reculèrent sous le choc de l'assaut. Les hommes du Trof pénétrèrent dans la brèche comme une lame dans une vieille cicatrice.
Mais la résistance se reforma presque aussitôt.
Radomir observa le champ de bataille.
Devant lui, l'ennemi pliait.
Sur sa droite, en revanche...
Son regard se fixa.
Là.
Une masse compacte de cavalerie.
Les chevaliers et cavaliers ennemis avaient réussi à se regrouper et frappaient violemment le flanc droit trof. Un véritable coin de fer enfoncé dans la ligne d'attaque.
Des officiers criaient.
Des hommes mouraient.
La progression ralentissait.
Pendant un instant, Radomir sentit le doute.
Que ferait Kap Hital ?
Il revit le vieux guerrier devant une carte, une coupe de vin à la main.
"Ne regarde jamais là où l'ennemi est fort. Regarde où il est obligé de l'être."
Radomir observa de nouveau.
La cavalerie adverse retenait toute l'attention.
Toute sa force.
Toute sa réserve.
Et soudain il vit.
Au nord du combat.
Plus haut sur le champ de bataille.
Une faiblesse.
Un vide.
Quelques fantassins dispersés.
Des archers mal protégés.
Une jonction imparfaite entre deux groupes de défenseurs.
Une porte entrouverte.
Le genre de faille que Kap Hital aurait aperçue avant même le début de la bataille.
Un sourire apparut sur le visage du Maître des Ombres.
- Là...
Les officiers se tournèrent vers lui.
- Toute la réserve. Maintenant.
- Maître ?
- Vers le nord. Ignorez leur cavalerie."
L'ordre partit.
Alors que les contrebandiers s'attendraient à voir les Trofs s'acharner contre leur bloc de cavalerie, les assaillants pivotèrent brutalement.
Comme une rivière contournant un rocher.
Le poids de l'attaque glissa vers le haut du champ de bataille.
Puis s'y engouffra.
...
Les archers ennemis seraient balayés.
La ligne défensive allait rompre.
Et soudain, cela ne serait plus une bataille.
Ce serait une chasse.
Radomir observa le mouvement se propager de proche en proche.
Les défenseurs combattaient encore avec courage.
Mais ils n'avaient plus d'unité.
Plus de centre.
Plus d'avenir.
Le Maître des Ombres inspira profondément.
Peut-être n'était-il pas Kap Hital.
Peut-être ne le serait-il jamais.
Mais pour cette fois, cela suffirait.
Car au-delà des combats, au-delà des morts et des cris, il ne pensait déjà plus qu'à une seule chose :
Les caisses.
Les mystérieuses caisses d'Osterlicht.
Et il était désormais presque certain qu'avant la fin du jour, elles seraient entre ses mains.
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Le chef des brigands avait le don naturel de l'insulte en mouvement : il hurlait en courant, gueulait en reculant, aboyait des ordres à des hommes qui n'en avaient jamais reçu de toute leur vie et qui, pour la plupart, ne savaient pas trop quoi en faire.
- Refermez ce putain de flanc ! Les archers en haut, en haut, bougez vous ou je vous fais bouffer vos propres entrailles !
Le fortin tenait. C'était le plus étrange. Il avait commandé des hommes toute sa vie et appris à les jauger en trois regards : ceux qui fuyaient, ceux qui mouraient sans servir à rien, et la poignée sur laquelle on pouvait construire quelque chose. Ce soir, la proportion n'était pas normale. Pas du tout.
Il n'avait pas le temps d'y réfléchir puis le grondement arriva du nord.
D'abord un son sourd, continu, comme un roulement de tonnerre rampant sur la cour dépavée. Puis la forme : une masse noire et compacte de cavalerie qui débouchait entre deux bâtiments éventrés, sabots arrachant la boue dans un fracas de fer et de chair chaude, lanciers baissés, poitrines des chevaux brillant de sueur et de sang déjà. Une charge propre, sauvage, le genre qui traverse une ligne comme un couteau traverse du lard froid.
Il ouvrit la bouche pour crier à ses hommes de s'écarter, de se coucher, de fuir, peu importait, n'importe quoi plutôt que rester là.
Ses hommes restèrent là.
Pas tous. Quelques-uns coururent, et ceux-là vécurent un peu plus longtemps. Mais une dizaine, deux dizaines peut-être, ceux du flanc gauche qu'il connaissait à peine, se retournèrent vers la charge comme si le bruit les avait appelés. Aucune formation, aucun ordre, aucun sens tactique, juste des hommes debout face à une muraille de fer et de chevaux, armes levées, qui ne reculèrent pas d'un pouce.
Le premier cheval heurta un gaillard à la nuque de taureau. L'homme tomba à genoux, se releva, planta sa hache dans l'encolure de la bête avec une précision de boucher. La bête s'effondra dans un gémissement lourd et mouillé, projetant le cavalier en avant dans un arc parfait. Le deuxième cheval trébucha sur le premier, le troisième sur le deuxième. Le fracas fut formidable, ferraille, os, cris de bêtes, jurons d'hommes qui n'avaient pas prévu de finir à terre dans leur propre sang. Un cheval se débattait dans la boue, les jarrets cassés, hennissant à en fendre la pierre. Un autre restait immobile, la tête à un angle qui ne plaidait pas pour lui.
Autour de ce tas de chair et d'acier, les brigands frappaient. Frappaient encore. Pas avec méthode, pas avec discipline, mais avec une continuité qui n'avait aucun sens. Ils saignaient. Ils continuaient. L'un d'eux avait un carreau d'arbalète planté dans l'épaule droite et se battait de la gauche comme si c'était une gêne mineure.
Le chef s'immobilisa.
Ce n'était pas dans sa nature. L'immobilité lui coûtait physiquement, comme une douleur. Il s'immobilisa quand même.
Son second apparut à son coude, un homme gris et sec qui avait survécu à trois employeurs avant lui et comptait bien en survivre à d'autres.
- T'as vu ça ?
Le second regardait le flanc gauche. Le tas de chevaux morts. Les hommes qui se battaient toujours dessus, autour, dedans, comme si la mort n'était qu'une formalité qui les concernait peu.
- Je vois.
- Qu'est-ce qu'ils ont ?
Long silence. Le second se gratta la mâchoire.
- Ils ont fumé de l'herbe. Dans une des caisses qu'on a récupérées il y a deux semaines.
Le chef se tourna vers lui lentement. Très lentement.
- Les caisses ?
Le second eut un geste vague qui voulait dire *c'est un résumé acceptable des faits*.
Le chef regarda de nouveau ses hommes planter des aciers dans la cavalerie qui venait de les charger. Il regarda un type qu'il avait engagé parce qu'il savait tenir un couteau attraper un cavalier à la cheville et le désarçonner comme un sac de grain. Il se passa une main sur le visage.
- On en a combien qui ont fumé ?
- Une bonne partie de la garde de nuit.
- La garde de nuit.
- Ils s'ennuyaient.
Il ferma les yeux une demi-seconde. Les rouvrit, parce que fermer les yeux pendant une bataille c'était un luxe pour les gens qui n'avaient pas de soucis.
- Et les autres ? Ceux qui ont pas fumé ?
- Eux, dit le second sans émotion particulière, ils courent encore.
Le chef hocha la tête. Regarda les assaillants pivoter vers le nord, sentit le vent tourner, entendit le son que fait une ligne défensive quand elle commence à chercher ses appuis et ne les trouve plus. Il savait ce son. Il l'avait entendu des deux côtés.
Personne ne savait pourquoi ces hommes étaient venus. Une cargaison ? Une vendetta ? Un contrat passé par quelqu'un qu'on avait froissé dans un port obscur ? Les rumeurs avaient couru dès la première explosion — les noms changeaient à chaque bouche, les raisons aussi. On mourait sans savoir pour quoi exactement, ce qui n'était pas si différent du reste.
- On tient avec les défoncés, dit-il.
Ce n'était pas une question.
Le second haussa une épaule.
- C'est ce qu'on a de mieux ce soir.
Le chef empoigna sa masse d'armes et repartit dans la mêlée.
Dernière modification par HernfeltMayer (2026-06-17 11:13:41)
Lancelin Falkenberg von Mayer, Siostry Vespasia et toute sa clique (Aldric "Main-de-Sixte" Ravenswood, Amaury de Gavere, Le Denier, Maître Balthazar ou le Strolatz Wacław Kowalczyk...)
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Lien de la bataille : https://www.okord.com/ranking.html#b=71 … E90303&t=1
La victoire aurait dû venir avec la charge.
Elle venait toujours avec la charge.
Lorsque les chevaliers du Trof abaissèrent leurs lances et s'élancèrent dans les décombres du fort, même les vétérans pensèrent que c'était fini.
Qu'aucun homme sain d'esprit ne resterait debout devant un tel ouragan d'acier.
Mais ce jour-là, quelque chose n'était pas normal.
Les contrebandiers ne rompirent pas.
Ils ne reculèrent pas.
Ils ne fuirent pas.
Ils restèrent.
Comme des possédés.
Comme des hommes ayant déjà accepté leur mort.
La première ligne fut balayée.
La seconde aussi.
Puis les chevaliers se retrouvèrent isolés au milieu d'une marée d'ennemis hurlants.
Radomir vit tomber le premier étendard.
Puis le second.
Puis le troisième.
Un cheval éventré s'abattit dans un nuage de poussière.
Un chevalier se releva à pied et continua à combattre.
Puis un autre.
Puis dix autres.
Personne ne reculait.
Ni d'un côté.
Ni de l'autre.
Et lorsque le soleil atteignit enfin les ruines du donjon, le dernier chevalier du Trof disparut sous une forêt de lames.
Jusqu'au dernier.
Tous.
Morts.
Alors les héros furent les autres.
Les hommes dont les bardes ne chantent jamais le nom.
Les archers.
Les arbalétriers.
Les tireurs.
Ceux qui d'ordinaire combattent derrière les guerriers.
Ceux qui vivent grâce aux lignes qu'on tient devant eux.
Cette fois, il n'y avait plus de ligne.
Alors ils avancèrent.
Pas à pas.
Au milieu des morts.
Leurs arcs pointés vers l'avant.
Leurs arbalètes chargées une dernière fois.
Et en face...
Les derniers défenseurs avaient compris.
Eux aussi abandonnèrent toute idée de retraite.
Leurs propres arbalétriers formèrent une ultime muraille.
Une muraille de chair.
Une muraille de désespoir.
Les premiers traits partirent.
Puis les seconds.
Les carreaux traversèrent l'air dans un sifflement continu.
Des hommes tombèrent.
D'autres avancèrent.
Les deux lignes se rapprochèrent encore.
Les tireurs du Trof rechargeaient avec des doigts ensanglantés.
Les brigands répondaient avec la même rage.
Un duel absurde.
Un duel qui n'aurait jamais dû exister.
Puis les tirs devinrent moins nombreux.
Parce qu'il restait moins de bras pour tendre les cordes.
Moins d'hommes pour recharger.
Moins d'hommes pour viser.
Moins d'hommes pour vivre.
Alors les sifflements cessèrent peu à peu.
Un carreau.
Puis un autre. Puis plus rien.
Seulement le vent. Le sang.
Et les corps. Partout.
Lorsque le silence s'installa enfin sur le Fort de l'Île des Pendus, Radomir demeura immobile.
Cent soixante-trois survivants.
Sur quinze cents. Cent soixante-trois.
L'ennemi, lui, avait disparu.
Pas un prisonnier.
Pas un blessé abandonné.
Pas un homme vivant.
Comme si toute la garnison avait choisi de mourir jusqu'au dernier.
Le Maître des Ombres n'avait jamais rien vu de semblable.
Kap Hital lui-même aurait parlé de cette bataille pendant des années.
Les survivants fouillèrent le fort.
Et cette fois, les recherches furent rapides.
Les derniers brigands ayant fui ou péri, plus personne n'était là pour cacher quoi que ce soit.
Une grange à moitié effondrée fut découverte près des entrepôts.
À l'intérieur s'entassaient vivres, matériel, caisses et marchandises de toutes sortes.
Puis un soldat appela. Un simple cri.
Mais suffisamment fort pour faire accourir Radomir.
Là. Sous une bâche sale. Six caisses.
Et sur l'une d'elles, éventrée par les combats...
Le symbole.
Exactement celui décrit par Lancelin.
Radomir s'agenouilla.
Plongea la main dans les débris.
Des feuilles séchées.
Des baies noires.
De la belladone.
Il resta silencieux quelques secondes.
Après tant de morts.
Après tant de sang.
Le trésor n'était donc que cela.
Quelques caisses de poison.
Mais le pire restait à venir.
Les comptes furent vite faits.
Il ne restait pas assez d'hommes.
Pas assez de bêtes.
Pas assez de chariots.
Impossible d'emporter le contenu du fort.
Impossible même de sécuriser durablement l'île.
Radomir se releva.
Autour de lui, les survivants ressemblaient davantage à des fantômes qu'à des soldats.
Alors il désigna les derniers cavaliers encore capables de monter en selle.
Neuf. Seulement neuf.
« Retournez à Epyss Trof. Prenez les chevaux les plus frais. Ramenez des transports. Ramenez des hommes. Et priez pour être plus rapides que les autres contrebandiers. »
Les cavaliers partirent aussitôt.
Leurs silhouettes disparurent bientôt sur la route côtière.
Radomir les regarda s'éloigner.
Puis il tourna les yeux vers les falaises et la mer.
Le fort était à eux.
Les caisses étaient là.
La mission était accomplie.
Mais pour la première fois depuis longtemps, le Maître des Ombres n'éprouvait aucune joie.
Seulement du respect.
Car ce jour-là, sur cette île oubliée du royaume, il n'avait pas vaincu des brigands.
Il avait vaincu des hommes qui avaient choisi de mourir debout.
Et cela, même la victoire ne pouvait l'effacer.
Lignée des Trofs, et autres successeurs
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Franchement Hernfelt je t'adresse toutes mes félicitations sur cette bataille !
C'était épique, j'ai eut tellement de mal à passer !
Et tu as fais TOUT ce qu'il fallait pour que la charge des chevaliers ne suffisent pas.
ça s'est fini à la fleche près !
163 survivants sur 1400... Waow bravo !
Lignée des Trofs, et autres successeurs
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La victoire n'avait apporté aucun soulagement.
Cent soixante-trois survivants tenaient un fort bâti pour en accueillir dix fois plus. Partout s'étendaient les morts, et chaque homme encore debout portait les marques du combat jusque dans son âme. Aucun n'avait envie de reprendre les armes.
Alors ils cachèrent leur trésor.
Les six caisses furent sorties de la grange en ruine à la faveur de la nuit. La caisse éventrée fut remontée la première. Radomir supervisa lui-même l'opération. Les plants de belladone furent soigneusement recouverts de toiles, puis les caisses dissimulées dans une faille rocheuse dominant une petite crique à l'abri des regards.
Ensuite, les survivants disparurent à leur tour.
Dans les caves éventrées.
Dans les décombres du donjon.
Sous les anciens entrepôts.
Parmi les rochers et les falaises.
Le fort semblait abandonné.
Et c'était exactement l'effet recherché.
Car Radomir le savait : si d'autres contrebandiers arrivaient avant les renforts, ils ne pourraient pas défendre leur prise.
Ils n’abandonneraient pas ces caisses.
Pas après une telle bataille.
Pas avec si peu d'hommes.
Chaque matin, les survivants observaient l'horizon.
Chaque soir, ils recommençaient.
Le moindre point noir sur la mer faisait naître l'inquiétude.
Le moindre éclat de voile accélérait les battements des cœurs.
Si des ennemis arrivaient, il n'y aurait pas de seconde bataille.
Il n'y aurait qu'une mission.
Sauver les caisses.
Montrer leur emplacement aux renforts.
Même Radomir dormait peu.
Le Maître des Ombres avait connu des complots, des assassinats, des opérations secrètes dans les rues des grandes villes.
Mais jamais une attente aussi longue.
Jamais un silence aussi lourd.
Mais l'horizon demeura vide.
Jusqu'au matin où apparurent enfin les premières voiles dorées.
---
Les neuf cavaliers avaient tenu leur promesse.
Ils étaient revenus.
Et avec eux étaient arrivés des renforts, des équipages et de rapides transporteurs.
Pour la première fois depuis la bataille, les survivants respiraient vraiment.
Les caisses furent chargées sans attendre.
Une à une sous la surveillance de Radomir.
Puis les navires quittèrent discrètement l'île des Pendus.
Aucun marchand ne croisa leur route.
Aucun navire contrebandier n'apparut à l'horizon.
Aucun ennemi ne réclama ce qui avait coûté tant de vies.
La chance, pour une fois, avait choisi son camp.
Lorsque les falaises de l'île disparurent derrière eux, Radomir resta quelques instants à contempler les ruines du fort.
Il n'éprouvait aucun regret.
Qu'il s'effondre.
Qu'il brûle.
Qu'il soit repris par d'autres brigands.
Peu lui importait désormais.
Ce qu'ils étaient venus chercher se trouvait à bord.
Le reste appartenait déjà au passé.
Le vent gonflait les voiles tandis que les navires s'engageaient sur le grand fleuve. Peu à peu, les eaux sauvages laissèrent place aux canaux plus paisibles du domaine de la Siostry.
Alors seulement, Radomir sentit la tension quitter ses épaules.
Ils étaient en sécurité.
Enfin.
Il envisagea un instant de faire prévenir la Reine. Après tout, la mission était accomplie.
Mais il repoussa cette idée.
Non.
Cette affaire avait commencé avec et pour la Siostry Vespasia.
Elle se terminerait avec elle.
Installé dans sa cabine, il déroula une dernière fois le plan confié avant son départ.
La route était claire.
Remonter le fleuve.
Traverser le domaine de la Siostry.
Atteindre le Quai-des-Barges.
Puis gagner la citadelle de Krakow.
Là, il espérait obtenir une escorte et remettre personnellement les caisses à Vespasia.
Radomir referma le document.
Dehors, l'eau s'écoulait lentement sous la coque.
Le danger était derrière eux.
Devant eux n'attendaient plus que les tours de Krakow et les réponses que renfermaient ces mystérieuses plantes pour lesquelles tant d'hommes avaient accepté de mourir.
Le trésor annoncé en retour n’avait presque plus de valeur.
Pourquoi tant de beladone ?
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Le hangar sentait le bois mouillé et la corde de chanvre.
C'était un bâtiment bas, long, sans fenêtre, planté à la lisière nord des fortifications de Krakow là où les murailles laissaient place aux entrepôts et aux remises que personne ne visitait sauf ceux qui avaient des raisons de ne pas être vus. À cette heure, la lumière entrait par une seule porte entrouverte, découpant un trapèze de jour gris sur les dalles. Des rouleaux de cordage. Des caisses vides. L'odeur persistante de suif et de quelque chose de plus difficile à nommer, cette odeur particulière des endroits où des choses importantes se règlent sans témoin.
Les six caisses étaient alignées contre le mur du fond.
Lancelin les regarda entrer une à une, portées par des hommes silencieux qui les posèrent avec le soin excessif de gens qui ne savent pas exactement ce qu'ils transportent mais ont compris que ça comptait. Il ne dit rien pendant l'opération. Il gardait les mains croisées dans le dos, le menton légèrement relevé, et son expression était celle d'un homme qui attend de voir si ce qu'il a commandé est bien ce qui est arrivé. Quand la sixième caisse toucha le sol, il s'approcha, s'accroupit, écarta le bord d'une toile. Les feuilles. Le symbole. L'odeur douce et âcre de la belladone.
Il se redressa. Et sourit. C'était le grand sourire, celui de l'auberge des marais, celui qui détonait comme une pièce d'or sur un sol de terre battue. Il fit signe à deux serviteurs restés près de la porte. Ils s'avancèrent portant entre eux un coffre de chêne cerclé de fer, ni grand ni petit, le genre de coffre qui n'a pas besoin d'être grand pour peser son poids. Ils le posèrent aux pieds de Radomir.
- Le compte y est, dit Lancelin sans préambule. Et je n'en vérifierai pas la livraison puisque tu n'as pas l'air d'être du genre à rogner sur la monnaie rendue.
La blague était légère, mais elle portait autre chose dessous, une reconnaissance formulée à l'oblique, la seule façon qu'il semblait avoir de dire les choses importantes sans avoir l'air de les dire. Il laissa un silence s'installer, de la bonne longueur, puis reprit sur un ton différent, plus enjoué.
- Cent soixante-trois survivants sur quinze cents, Gisèle. On m'en a fait le rapport ce matin. J'ai connu des épidémies moins efficaces.
Il rit. Pas longtemps. Juste assez pour que la boutade existe.
Radomir avait déjà fait un pas vers la porte quand Lancelin tendit le bras. Pas un geste brusque, la main posée sur l'avant-bras, légère, mais ferme. L'invitation à rester sans la formuler. Les serviteurs disparurent sans qu'on leur demande. La porte se referma aux trois quarts. Il ne resta plus que les deux hommes, les six caisses, et le silence du hangar. Lancelin ne souriait plus.
Il regardait quelque part entre les caisses et le sol, comme quelqu'un qui cherche l'ordre de ses mots.
- Vous avez pris des risques que vous ne mesuriez peut-être pas entièrement au départ. Vous méritez des explications.
Il releva les yeux.
- Sans une prise régulière de belladone, la Siostry Vespasia serait condamnée. Son corps a atteint la limite du soutenable. Ce que lui donne la plante, cet état de semi-transe, cette distance avec la douleur et avec le monde, lui permet de continuer à fonctionner, à recevoir, à décider, à être ce qu'elle est pour les siens. Je sais que ce n'est pas une fin en soi. Je sais qu'elle ne sera pas éternelle.
Une pause. Courte, mais réelle.
- Mais j'ai peur que le domaine entier s'effondre avec elle si le pire devait arriver. Ces gens, ses gens, l'aiment d'une façon que vous auriez du mal à imaginer. Ce n'est pas de la loyauté. Ce n'est pas de la gratitude. C'est autre chose. Quelque chose de plus ancien, de plus difficile à nommer. Ils lui vouent un véritable culte.
Il dit le mot sans emphase, sans chercher à en atténuer le poids. Culte. Il laissa le mot exister dans le hangar.
Radomir ne bougea pas. Son visage ne livrait rien, ni surprise, ni jugement, ni compassion. Le visage de quelqu'un qui enregistre sans commenter, qui range l'information là où elle sera utile ou là où elle ne le sera jamais, selon ce que l'avenir demandera. Un homme d'action, pas un théologien. Pas son problème, ou peut-être son problème d'une façon que lui seul connaissait, et qu'il n'avait aucune raison de partager ici.
Il hocha légèrement la tête. Une fois. Le mouvement minimal.
Lancelin ne chercha pas à en tirer davantage. Il avait dit ce qu'il avait à dire. Le reste appartenait à l'autre.
Ils se quittèrent sans poignée de main cette fois, sans formule, sans le théâtre de l'auberge des marais. Radomir franchit la porte entrouverte et disparut dans la lumière froide de Krakow. Ses pas ne firent aucun bruit sur les dalles. Lancelin resta seul dans le hangar un moment. Les six caisses contre le mur. L'odeur de belladone et de corde mouillée. Quelque part au-dessus de lui, dans la citadelle, Vespasia attendait sans savoir qu'elle attendait.
Il ne dit rien. Il n'y avait personne à qui parler.
Il éteignit la lanterne et sortit à son tour.

FIN
Dernière modification par HernfeltMayer (2026-06-19 10:19:26)
Lancelin Falkenberg von Mayer, Siostry Vespasia et toute sa clique (Aldric "Main-de-Sixte" Ravenswood, Amaury de Gavere, Le Denier, Maître Balthazar ou le Strolatz Wacław Kowalczyk...)
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