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Gerbaut "le Précieux" , chef de brigands , était mi assis mi vautré sur un large fauteuil qu'il faisait transporter partout où il allait . Seul cet engin lui permettait de rester longtemps assis sans trop souffrir de sa paralysie partielle du coté gauche . Il mâchait difficilement , des quelques dents qui lui restaient , de fines lamelles de viande qu'il découpait de son couteau , avec soin , sur une pièce de sanglier rôti .
Son œil gauche , constamment grand ouvert par la paralysie , fixa "tête de fer" , son principal compagnon de rapines .
- C'est l'moment rêvé , j'te dis . Ce Pion est à perpette en train d'se faire juger par les aristos qui lui reproche j'chais pas quoi . C'est pourtant pas un collègue , ce Pion , j'sais pas quelle connerie il a fait . En attendant , plus d'chef à moins d'une journée d'marche . Qu'esse t'en dit , gros couillon ? *Gerbaut avait pris l'habitude d'appeler son compagnon gros couillon , par affection , sans doute* .
- Mooouais ! Plus d'chef , peut être , mais reste toujours une armée pour défendre la place , que j'sache .
Le précieux regarda gros co … "tête de fer" d'un air consterné .
- Ah ouais , passe que toi , t'as déjà vu des exploitations ou qu'y a des trucs intéressants à piller sans armée pour les garder ? Et tu m'l'avais pas dit ?
- … … mmfff … …
Mellerand , l'aide de camp de Gerbaut qui ne le quittait jamais , se mêla à la conversation .
- Et y'aurait gros à piller sur cette exploitation , Précieux ?
- A qui que tu causes comme ca toi ? Et ma particule ? Fais gaffe , tonnerre ! J'y tiens à ma particule . Mon nom c'est "le Précieux" , LE Précieux , tu comprends ? Le "le" , chez nous autres brigands , c'est comme le "de" des aristos . Ca veut dire que j'chuis pas comme n'importe quel traine savates qui s'est converti au pillage , j'chuis un aristo des bandits de grands chemins , moi ! J'en assez chié dans les bas fonds pour en arriver là , alors fais gaffe comment qu'tu m'causes !
*S'étant calmé , il reprend* Réfléchis , si y'a des soldats , c'est pas pour garder la soupe du soir . Vu c'qu'elle vaut . *ajouta t il en s'esclaffant grassement au risque de s'étouffer* . Haaaaahahaa ruumff tchaa keurrrf !
Le lendemain , une forte troupe de brigands hétéroclites mais parfaitement armés était aperçue marchant en direction de l'exploitation de pierres du seigneur Pion 1er , établie au sud ouest du domaine du seigneur Theuderic .
Dernière modification par Max (2026-10-01 23:27:41)
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La forte troupe de brigands du "Précieux" était arrivée sur l'exploitation qu'elle voulait piller et s'était déployée selon les règles de la guerre . Les hommes étaient surchauffés par les rasades d'alcool variés qui étaient traditionnellement servies aux combattants avant toute bataille pour leur donner courage . Cela aussi était une règle de la guerre , chez les brigands en tous cas. Mais c'était surtout la perspective de la rapine et du pillage qui suivrait une possible victoire qui excitait les hommes au delà de la raison jusqu'à les transformer en bêtes dangereuses.
- "Tête de fer" , attends un peu avant d'rejoindre ton bataillon , j'va écrire un mot au chef d'en face pour essayer d'le faire déguerpir sans combattre et j'veux ton avis sur l'mot . Si qu'on peut piller tout ca sans se tuer à la tâche , ca sera ca d'gagné , pas vrai ! *S'adressant à son aide de camp* Mellerand , appelle çui qui sait écrire .
Le "scribe" de la troupe , un ancien commerçant en vin que les aléas de la vie , à moins que ce ne soit l'abus de ce qu'il vendait , avaient fait s'échouer là , installa sa feuille sur une caisse pour écrire . Le Précieux dicta .
Défenseurs de l'exploitation ,
Vous n'avez plus d'chef . Si que ca s'trouve , y s'balance au bout d'une corde à c't'heure . Alors allez pas mourir pour rien ! Laissez nous place vide et vous sauverez vos pauv'miches . Sinon qu'on va vous s'couer les noyaux jusqu'à ce qui vous sortent par la bouche et qu'on laissera vos tripes à l'air aux corbeaux .
Donnez vite vot'réponse , bande de trous de balles .
Gerbaut LE Précieux .
- Et tu mets des trucs qui font beaux à mon nom , des ronds , des traits et tout ca . *S'adressant à "Tête de fer" cette fois* Eh ben , gros couillon , t'en penses quoi d'mon mot ?
- Ouais ! Bah , c'est un mot , quoi . Moi , la técriture ...
- *L'air attéré* Pfffff .... des fois j'me d'mande pourquoi que j'te cause . J'chuis con aussi .
Un cavalier portant une lance à laquelle une chemise blanche était accrochée et volait au vent en guise de drapeau blanc traversa le champ de bataille au triple galop pour porter le message au camp adverse .
Dernière modification par Max (2026-10-04 03:39:04)
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Le messager était revenu du camp adverse sans réponse à transmettre . Ou plutôt , pour toute réponse , les troupes du seigneur Pion s'étaient mises en ordre de bataille . Il n'était pas besoin d'en dire plus . Le Précieux pesta bruyamment .
- Ces ânes en ont assez d'la vie , ils ont décidé d'combattre . Tant pis ! Mais cette fois , gros couillon , on va s'refaire après l'histoire de l'Hospice . Tu t'souviens , c'était où qu'on avait gagné et qu'les renforts étaient arrivés juste à temps pour nous priver du pillage . Sale coup , la vache ! Cette fois on va les battre avant qu'les renforts aient l'temps d'arriver et on va s'gaver .
Va à ton bataillon et attends les ordres , bougre de bois . Fanion blanc , tu attaques ! Pas de fanion ... ... ? pas de fanion ... ... ? Tu fais brouter ton canasson , ou tu vas pisser un coup , boudiou ! Sans ca , tu feras partie du butin , parole de Guibaut .
Le début de la bataille s'était assez bien passé pour les troupes des brigands . Les charges de cavaliers et de chevaliers , appuyées par les tireurs , avaient permis de prendre un léger avantage numérique .
De sa position , "Tête de fer" en selle pouvait observer parfaitement le champ de bataille. Il avait vu les premières charges des montés , les premières salves d'archerie , les premiers mouvements des deux armées. Toutes les deux minutes il se retournait fiévreusement vers le campement de commandement du Précieux , puis demandait nerveusement à ses sergents "Alors ca y est ? Ils ont bien l'vé un fanion blanc c'te fois , non ?" . Mais ses hommes lui faisaient toujours non de la tête .
La bataille avançait et les assauts se multipliaient sans qu'aucun fanion blanc ne soit encore levé . "Tête de fer" n'en pouvait plus et seul le visage menaçant du Précieux qu'il voyait mentalement devant lui le retenait de se lancer à l'assaut . "Mais enfin , c'est pas possible , il nous a oublié ce con , quesse qu'y fout , merd'alors !"
Quand enfin , alors que la bataille touchait à sa fin et qu'il ne restait plus que quelques unités de combattants en état d'agir , le fanion blanc tant attendu fut enfin levé . "Tête de fer" poussa un rugissement libérateur . Levant son épée dressée vers le ciel , il lança la charge de ses chevaliers en hurlant "Massacrez moi ces fumiers , tue , tue !" et le tonnerre grandissant avec la vitesse de la charge des chevaliers fit vibrer l'air et trembler jusqu'au sol .
Mais bien que "Tête de fer" ai su attendre le fanion blanc et que ses chevaliers aient ainsi été préservés jusqu'à la fin de la bataille , l'assaut final s'était brisé sur un bloc resserré de défenseurs . Même la courageuse dernière charge des chevaliers de "Tête de fer" n'avait pu rompre les ultimes lignes des défenseurs .
La bataille était perdue pour les brigands et les troupes du seigneur Pion avaient réussi à défendre leur exploitation et à repousser les bandits. Gerbaut le Précieux, qui avait pu comme à chaque fois quitter le champ de bataille sans dommage pour sa personne et pour ses compagnons , n'eut pour tout commentaire que cette phrase pleine d'un profond bon sens :
- Pfffff ! Chienne de vie !
(Lien vers la bataille : https://www.okord.com/ranking.html#b=A8 … 184023&t=0)

Dernière modification par Max (2026-10-04 04:30:36)
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